Tom à la ferme

Dans la solitude des champs de maïs dont les épis ont la même couleur que ses cheveux, Tom s’écorche le visage pour échapper à son poursuivant. Les feuilles ressemblent à des lames de rasoir… « Un vrai champ de couteaux », comme il est dit dans le film… Faulkner, et pas seulement le Hitchcock de La Mort aux Trousses, aurait beaucoup aimé la scène.

C’est peut-être lorsqu’on fait des films qui ne vous ressemblent pas qu’on atteint la maîtrise absolue. Moins torrentiel que Laurence Anyways (Ma Vie d’Adèle à moi…), Tom à la Ferme a tout d’une greffe extérieure dans le parcours de Xavier Dolan. Le voici ainsi qui s’éloigne de la ville, son « terroir » pour ainsi dire. Tout aussi étonnant, son détour vers le film de genre, à savoir le thriller psychologique.

Hors-biotope, donc, mais pas tout à fait hors-biopic… A nouveau devant et derrière la caméra, le jeune cinéaste québécois  s’est fortement identifié, on l’imagine, à ce Tom plutôt hype débarquant masqué aux funérailles de son compagnon avant de nouer une relation bien toxique avec le frère homophobe de l’amant disparu.

Il a pourtant pris soin, Xavier Dolan, de ne pas énoncer explicitement le syndrome Eddy Bellegueule du déni gay. Jusqu’à zapper la citation-clé de la pièce qu’il adapte: « Avant d’apprendre à s’aimer, les homosexuels apprennent à mentir »… Sa ligne directrice, c’est plutôt la figure de l’étranger en milieu hostile avec son lot d’attirance-répulsion. Ciel ombrageux, carcasses d’animaux, travaux des champs et tango d’étable… Le venin est dans le pré, jusqu’à transformer les bourreaux en objets de désir.

Dans la façon dont il met en scène le crescendo, puis le climax du récit, le réalisateur ne s’autorise aucun relâchement, quitte à délaisser le seul personnage de jeune femme qui aurait pu nuancer la brutalité du propos. Son imparable grammaire de plans serrés et de hors-champs n’étouffe en rien, en revanche, la densité de jeu dont font preuve Lise Roy dans le rôle de la mère et Pierre-Yves Cardinal dans celui du frangin bourru et pervers. La B.O. de Gabriel Yared, enfin, excelle dans le « romantico-panique », comme le dit Dolan dans le dossier de presse. Hitchcock, encore lui, et surtout Bernard Herrmann, auraient adoré.

Tom à la Ferme, de Xavier Dolan (Sortie en salles le 16 avril)




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