Journal de février dans la revue « Transfuge »

PARU DANS LA REVUE « TRANSFUGE », numéro du mois d’avril.


« Trop peu charnel, ce mois de février, côté ciné… »

Voix bien connue de TSF Jazz, Laurent Sapir n’est pas seulement un mélomane, c’est un cinéphile averti, et intransigeant.

MARDI 4 FEVRIER: Buffet italien du côté de Ménilmontant pour le lancement du site de l’architecte Roland Castro, Lumières de la Ville. Il veut en faire une encyclopédie de l’urbanité qui, à l’entendre, serait presque le contraire de l’urbanisme. J’ai toujours bien aimé le bonhomme. Des étoiles plein la tête, un bagout à la Jean-François Bizot (co-fondateur de TsfJazz)… Ce que la période a de moite et d’amorphe le rend encore plus phosphorescent. A la fin de l’interview, je l’interroge sur Hollande. Il me répond en citant Diogène s’adressant à Alexandre: « Pousse-toi de mon soleil ! » …

LUNDI 10 FEVRIER: Il a de quoi et de qui rayonner, Jacques Schwarz-Bart. De ses parents-écrivains, André et Simone Schwarz-Bart (Un « couple littéraire incendié de solitude » selon les mots du poète guadeloupéen Ernest Pépin repris par la sociologue Nicole Lapierre dans son essai, Causes communes: des Juifs et des Noirs) qui avaient choisi d’ignorer les frontières communautaires, il a gardé une ouverture d’esprit, une mémoire projetée vers l’avenir et un souffle qui en font l’un des saxophonistes les plus lumineux du moment. « Il est dans une filiation, dans un enracinement, dans une histoire, mais il ne campe pas dedans », dit de lui Christiane Taubira dans la revue Jazz NewsJacques Schwarz-Bart est notre rédacteur en chef d’un jour sur TsfJazz pour la sortie de Jazz Racine Haïti, un album dont les effluves caribéennes annihilent comme par magie (vaudou ?) toutes les sottises qu’on raconte sur une culture trop souvent psychotée à coup de poupées et autres zombies.

JEUDI 13 FEVRIER: Geste déplacé lorsqu’on écrit pour un éminent quotidien du soir ou alors curseur d’un nouveau journalisme plus « humain » et moins compassé ? Le « selfie » ado de Thomas Wieder dans le bureau ovale d’Obama fait jaser. Je me souviens qu’au Centre de Formation des Journalistes (même promo que l’actuelle directrice du Monde..), on n’arrêtait pas de nous dire que la presse écrite, c’était la presse « noble ». Le reste ? Bullshit !  Difficile, en tout état de cause et comme me le confie un ex du Monde, de ne pas trouver perturbant le comportement d’un journaliste qui tient aussi à se représenter lui-même au lieu de s’astreindre -et c’est une si belle astreinte-  à ne représenter que son média. Ce à quoi ce « journal » est une dérogation non moins perturbante en ce qui me concerne…


VENDREDI 28 FEVRIER
: Trop peu charnel, ce mois de février, côté ciné… Voire la planète hype s’extasier sur les encombrantes fantasmagories des Jarmusch et autres Wes Anderson me ferait presque regretter le sort injuste d’Abdellatif Kechiche, ce soir, aux Césars. Pas assez généreuse et un poil caricaturale, sa Vie d’Adèle transpirait au moins d’avantage dans l’instinctif et le viscéral. A défaut de chair, il reste l’esprit.

Ce qui n’est pas incompatible avec le souffle, la sensualité, l’imaginaire joyeux… La preuve avec mon disque du mois, Belle Epoque, de Vincent Peirani et Emile Parisien (label ACT). Aussi déluré et liturgique qu’un accordéon fraternisant avec un soprano, ce jeune duo revisite, entre autres choses, les standards de Sidney Bechet avec une fougue telle qu’on a l’impression que la Mer Rouge s’ouvre à nouveau sur leur Egyptian Fantasy

L’esprit, toujours, avec ce fabuleux bouquin du saxophoniste et chercheur Raphaël Imbert sur les racines spirituelles du jazz. ça vient de paraître aux éditions de l’Eclat sous le titre Jazz suprême: initiés, mystiques & prophètes, et c’est tout sauf un sermon ou une prise de tête New Age… Juste une invitation pleine de fougue, là aussi, à mettre à jour ce sentiment d’élévation, ce « mystère ludique et facétieux » et ce « souffle vital » que tant de musiciens afro-américains ont ressenti dans le geste de l’improvisation alors qu’on a souvent réduit leur musique à sa technicité ou alors à un message politique sur fond de ségrégation. « Voici donc le jazz, conclut l’auteur,avec ses prophètes, ses mystiques, ses initiés, tous passés maîtres dans l’art de l’esquive, du non-dit, du jeu -afin d’éviter de se brûler l’âme »




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