Belle Époque

C’était aussi folichon que ça, la Belle Époque ? Aussi ouvert à l’air extérieur, léger et mélangé, fantasque et inspiré ? Retournons-y, dés lors, surtout lorsque deux trentenaires d’aujourd’hui s’en imprègnent jusqu’à mâtiner la Belle Époque en question d’un parfum d’Années Folles en prenant Sidney Bechet comme figure tutélaire de leur répertoire.

C’est sur une suggestion de Siggi Loch, le patron du label allemand Act, que Vincent Peirani et Emile Parisien ont opéré cette remontée aux sources. Les connaissant un peu, les deux loustics, et ayant encore en mémoire le frissonnant Thrill Box de l’année dernière qui voyait déjà, sur certains titres, un accordéon faire tandem avec un soprano, on devinait bien que ce retour à Sidney Bechet serait tout sauf une séquence Radio Nostalgie.

Car ce n’est pas l’auteur de Petite Fleur consacré comme « musicien des pères de famille » (Cf Christian Béthune dans une bio de référence), qui intéresse Peirani et Parisien. A travers des titres au parfum d’Orient comme Egyptian Fantasy et Song of Medina, un ragtime aussi pepsi que Temptation Rag ou encore une relecture border line de St James Infirmary (C’était bien une infirmerie, après tout !), les deux protégés de Daniel Humair rendent surtout justice au rebelle, à l’aventurier, au voyou créole… Sans remonter au fameux règlement de comptes à OK-Montmartre qui valut à son auteur un mémorable passage à la case « prison », c’est d’abord l’indomptable et pulpeux vibrato de Sidney Béchet qui est ici célébré.

La magie de l’album et sa dimension presque liturgique, par moments, c’est que ce vibrato tient autant au soprano qu’à l’accordéon, et encore d’avantage à cette « intimité qui permet à un instrument de parler à un autre instrument », ainsi que le revendiquait Sidney Bechet lorsqu’il critiquait la musique de big band. L’art d’Emile Parisien est aussi une réponse à cette idée trop souvent répandue selon laquelle le passage de Bechet au soprano aurait été motivée par l’envie d’une sonorité moelleuse alors que, toujours si l’on en croit Christian Béthune, il cherchait d’abord un grain plus âpre et plus tranchant.

C’est bien ce tranchant et cette intimité que l’on perçoit à l’écoute de Belle Epoque et que prolongent des compos magnifiques: le poignant Hysm, notamment, déjà expérimenté par Emile Parisien dans son propre quartet, et surtout Le Cirque des Mirages, un morceau dans la pure tradition, cette fois-ci, du cabaret Belle Époque, en souvenir de la collaboration de Peirani avec le binôme Yanowski/Fred Parker.

Dancers in Love, de Duke Ellington, pour conclure… Une fin de disque joueuse, délurée, fraternelle. Comme une fin d’hiver…

Belle Époque, Vincent Peirani et Emile Parisien (Act). Concert à Pantin, le lundi 31 mars, dans le cadre du festival Banlieues Bleues.




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