Across the Crystal Sea

Sept ans après l’album de Diana Krall, « The Look of Love « , Claus Ogerman reprend du service. Arrangeur légendaire, notamment auprès de Carlos Antonio Jobim, George Benson et Michaël Brecker, Ogerman s’est associé cette fois-ci à Danilo Perez pour un album qui rappelle, à bien des égards, ce qu’Ogerman avait forgé au côté de Bill Evans au milieu des années 60, lorsque le pianiste jazzifiait, sur le mode symphonique, des morceaux empruntés au classique. Dans « Across the Crystal Sea « , Ogerman est l’aquarelle, et Danilo le pinceau. Le pianiste panaméen, qui n’a plus besoin de faire ses preuves, notamment depuis qu’il s’est associé avec Wayne Shorter, est à la tête d’un quartet de rêve, avec Christian McBride à la contrebasse, Lewis Nash à la batterie, tandis que les percussions sont dévolues à Luis Quintero... On retrouve aussi Cassandra Wilson, traitée comme une véritable impératrice du jazz, dans deux standards, « Lazy Afternoon  » et « (‘All of a Sudden) My Heart Sings « … Les autres morceaux sont pratiquement tous ancrés dans l’univers classique d’Ogerman, à partir de thèmes empruntés à Sibelius, Rachmaninoff, Manuel de Fall ou encore Hugo Distler…

On est porté de bout en bout par cette « mer de cristal » qui nous envahit sous des vagues de cordes pulsées de piano. Dans un morceau comme « The Saga of Rita Joe  » par exemple, on est scotché par la manière avec laquelle Danilo Perez surfe sur les envolées langoureuses d’Ogerman en accélérant le rythme, faisant tomber les notes à profusion, comme des gouttelettes de rosée… Marée basse et marée haute se confondent dans un lyrisme absolu, avec souvent des intros percussions renvoyant à une latinité lancinante. Le travail de production, réalisé par un seigneur de la musique populaire américaine, Tommy LiPuma, achève la mue discographique de cette entreprise en véritable Palais des glaces.

« Across the Crystal Sea «  sera l’un des grands disques de la rentrée… Les allergiques à toute ornementation symphonique au royaume du swing vont sans doute dégainer leurs vieux colts usagés. Mais qui ce débat intéresse-t-il encore ? Quand la musique est à un tel niveau de paysage, quand la mer scintille avec autant de grâce, quand le soleil et la pluie décident, au milieu des vagues, de pactiser à ce point arc-en-ciel sur le clavier du doux Danilo, qui va à nouveau se pointer avec les mêmes préjugés surannés, avec les mêmes tests débiles façon Facebook « êtes vous cordes ou sans cordes ? « … « Across the Crystal Sea  » est tellement loin de tout ça, tellement loin du tourmenté, du fumant, de l’introverti… Danilo Perez et Claud Ogerman ont simplement rêvé une musique rayonnante, un écrin de mer, une alchimie des espaces, un feu d’artifice de sérénité et un je-ne-sais-quoi qui embue le regard parce que l’émotion nous prend, subrepticement, à l’écoute de cet album anti-stress qui bercera nos automnes…

Danilo Perez, « Across the Crystal Sea  » (Universal) Sortie le 25 août





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