Gomorra

Cela commence un peu à m’inquiéter, ce cinéma « en prise avec le réel » que Sean Penn a voulu récompenser à Cannes… Résultat des courses (et je n’ai pas encore vu la Palme d’or) : « Valse avec Bachir » et « Un Conte de Noël » sont repartis bredouilles, tandis que le grand prix du Jury a été décerné au très frustrant « Gomorra », dont l’ambition, si l’on a bien compris les adorateurs du film, est de proposer une vision de la Mafia qui tranche avec l’ esthétique des Scorsese, Coppola et autre Brian de Palma.

C’est vrai qu’ on est en plein « nettoyage à sec » dans cette adaptation, par Matteo Garrone, du livre-enquête de l’Italien Roberto Saviano paru en 2006 sur la mafia napolitaine. Dans « Gomorra« , les nouveaux Corleone n’ont plus aucune prestance, Naples est devenu un no man’s land cradingue, et la mort est toujours une saleté. Elle s’infiltre, ici, dans les destins séparés de cinq groupes de personnages qui illustrent plusieurs strates de la « pieuvre« : le gosse de cité qui veut bien se faire voir de la pègre et qui va se damner entre deux poubelles d’ HLM, les deux faux-durs complètement inconscients qui s’amusent à imiter Al Pacino à leurs risques et périls, le couturier de la Camorra qui vend ses services à la concurrence chinoise, l’employé de la pègre qui distribue son aubole à ceux dont le mari ou le fils sont en prison, et pour finir le recycleur de déchets qui empoisonne toutes les décharges de la région…

Toutes ces histoires séparées donnent lieu, parfois, à des grands moments de virtuosité, sauf qu’au final, rien ne s’agence vraiment dans la mise en scène de Matteo Garrone, rien ne fait sens, chaque intrigue paraît hors-champ par rapport à ce qui est censé être le propos central du film… Il faut une litanie de chiffres et de faits, dans le générique de fin, pour que l’on comprenne que la Mafia de ce 21ème siècle prolifère dans tous les rouages de l’économie nationale et mondialisée, alors que c’est l’art du récit et l’ampleur d’une mise en scène qui auraient du porter ce message. Dépareillé, impalpable, brouillon, un peu trop flottant aussi entre le dépouillé et le pouilleux, « Gomorra » distille au bout du compte une certaine dose d’ennui, de confusion et de sinistrose… Sans la grâce effectivement, et sans une certaine forme de rigueur sur le plan politique comme sur le plan cinématographique, on ne s’improvise pas Francesco Rosi

Gomorra, de Matteo Garrone (Sortie en salles le 15 août)




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