Ma vie avec Liberace

Quel panache, ce Liberace, dans le mauvais goût made in USA ! Inconnu au bataillon européen, et pour cause, ce pianiste de music-hall passé maître dans un improbable grand mix entre pop archisucrée, boogie-woogie et répertoire classique (avec en bonus quelques vagues ornementations jazzy…) fut pourtant une star dans son pays. Son exubérance vestimentaire et sa verve scénique tapaient surtout dans le mille auprès de ménagères suffisamment défraîchies pour remplir les salles de Las Vegas où Liberace jubilait de kitsch et de strass.

De l’idole des ménagères à l’icône gay, le pas sera vite franchi alors même que  le personnage prenait un soin particulier à dissimuler ses roucoulades avec de jeunes protégés dont il faisait une consommation effrénée… C’est ce contexte du coming out interdit dans une Amérique sourdement pudibonde qui permet à Steven Soderbergh de signer, ici, l’un de ses meilleurs films (Le dernier, paraît-il…) même s’il n’y a toujours pas photo avec ce que laissait entrevoir ce premier coup de maître que fut, en 1989, « Sexe, mensonges et vidéo ».

La mise en scène excelle, ainsi, à dépeindre le décorum de Liberace et son côté Louis II de Bavière en beaucoup moins crépusculaire même si survient bientôt le moment où la machine à sous qu’il a installée dans sa villa californienne finit à sec…  L’emperruqué et boursouflé virtuose aura entre-temps vampirisé un jeune campagnard, transformant le look et le visage de son Adonis avant de le laisser choir en épave cocaïnée. L’éloge du kitsch, dés lors, vire au glauque, restreignant l’espace narratif du film à des sentiers peut-être un peu trop rebattus.

Seul Matt Damon, qui est en passe de devenir le plus grand acteur américain de sa génération, parvient réellement, dans le rôle du jeune amant, à faire le trait d’union entre ce que le récit a de tordant dans sa première partie et ses prolongements macabres (Liberace meurt du Sida en 1987. Son agent essaiera de faire croire qu’il a été victime d’un arrêt du coeur consécutif à une anémie provoquée par un régime à base de pastèque !)… La prestation bouffonne et pathétique de Michael Douglas en Liberace s’appréciera de manière plus nuancée. Le personnage est tyrannique. Dans son jeu, l’acteur l’est un peu, également.

« Ma Vie avec Liberace », de Steven Soderbergh (Sortie en salles ce 18 septembre)




Les commentaires sont fermés.