Blue Jasmine

Dès qu’elle entend « Blue Moon », son coeur chavire. Le nôtre, en revanche, reste un peu sec face aux malheurs de Jasmine, vieille peau new-yorkaise scotchée au Xanax depuis sa rupture avec un richissime magouilleur dont elle s’était éprise sur l’air du célèbre standard de Rodgers & Hart.

Jasmine ne cesse, depuis, de divaguer. Elle se parle à elle-même, abuse de l’alcool et pour finir, s’offre une virée bien plombante à San Francisco dans le minuscule appart’ de sa frangine pour lequel elle n’a que mépris au regard des ploucs et autres loosers qui l’entourent.

La vision que Woody Allen a de San Francisco (la ville d’Angela Davis tout de même !)  laissera une fois de plus rêveur sur le peu de considération qu’il voue à tout ce qui déborde des frontières de Big Apple. Dans « Whatever Works », déjà, c’était les Louisianais qui s’en prenaient plein la figure… On aurait au moins pu se consoler avec un beau portrait de dépressive -Woody Allen les a tellement rendues craquantes dans le passé- sauf que le blues de Jasmine, son goût pour le surfait et son ultra-dépendance aux mâles les moins intéressants nous gonflent vraiment sérieusement.

Voir ainsi la sublime Cate Blanchett assiégée par tant d’aigreur et de cruauté dans le développement de son personnage nous fend le coeur. On n’est guère mieux loti à lui trouver quelques ressemblances de tempérament avec la Blanche DuBois de « Un Tramway nommé Désir ». Vivien Leigh avait au moins un vrai fauve devant elle pour se laisser dévorer et nous bouleverser. Et puis l’écriture de Tennessee Williams était tellement moins téléphonée, tellement plus flamboyante…

« Blue Jasmine », de Woody Allen (Sortie en salles le 25 septembre)




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