Thrill Box

Grand de taille et de jazz, Vincent Peirani n’a pourtant rien de dégingandé. Son art témoigne au contraire d’un ordonnancement magistralement maîtrisé alors même que cet accordéoniste trentenaire embrase un large éventail de tonalités et de dramaturgies.

Une valse jazz avec l’ami Michel Portal (« 3 Temps pour Michel P. ») voisine ainsi avec une monkerie aussi endiablée que son créateur (« I Mean You »). Brad Mehldau rencontre enfin Abbey Lincoln (« Waltz for JB »,  « Throw It Away »). Des vieux airs de folk song sont croqués comme il se doit, dans leur entame, par la contrebasse de Michel Benita tandis que le déluré Emile Parisien apporte son concours ô combien festif à un vrai feu d’artifice balkanique (« ‘Balkanski Cocek »)…

Aussi vaste soit-elle, cette géographie musicale trouve en Vincent Peirani son poisson dans l’eau. Epaulé par le clavier vigoureux de Michael Wollny, il trouve même le temps de signer deux compositions qui amplifient les bonheurs climatiques de l’album: « Air Song » où -miracle de la note bleue- le soprano d’Emile Parisien se coule enfin dans la mélodie pure, et puis aussi cet  « Hypnotic » qui ne veut décidément pas faire la part des choses entre virtuosité et émotion… Vincent Peirani ose même baptiser un solo « Choral » ! Résultat: une tuerie.

Mille bravos à Daniel Humair qui, avant le « Lento » de Youn Sun Nah, fut l’un des premiers à nous alerter sur les potentialités du jeune poète-accordéoniste qu’il avait enrôlé à ses côtés dans « Sweet & Sour ». On hésite pourtant à suivre le batteur lorsqu’il écrit, dans les notes de livret de « Thrill Box », que ce qui nous touche chez les grands musiciens créateurs, c’est avant tout leur musique et non leur instrument.

Le lien organique que Vincent Peirani a construit avec son accordéon, les couleurs et les frissons qui en font vraiment cette fois-ci un instrument du 21e siècle, sans parler de sa gestuelle, sur scène, les yeux fermés, les lèvres frémissantes, couvant et couvrant son bon vieux piano à bretelles, jouant tour à tour avec lui de la caresse et de l’effusion, tout cela donne au contraire l’impression que l’accordéon a trouvé son archange. C’est peut-être pour ça que sa musique est si belle…

« Thrill Box », de Vincent Peirani (ACT). Vincent Peirani sera l’invité des Matins Jazz, sur TSFJAZZ, le jeudi 25 avril.




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