Volte-face

Au summum de son intensité, « Volte-face », le nouveau polar de Michael Connelly, fait penser à « Autopsie d’un meurtre », d’Otto Preminger. Le thriller judiciaire, comme le film à procès, est un genre ingrat. Il faut s’y frotter jusqu’à plus soif et en creuser toutes les arcanes, paradoxalement, pour transcender l’exercice de style. Il faut aussi la cerise sur le gâteau, en l’occurrence la B.O de Duke Ellington dans le film de Preminger. Aucune trace de swing, hélas,  dans le dernier Connelly alors même que son personnage de flic récurrent, le fameux Harry Bosch, est un jazzfan de première…

Le célèbre enquêteur, du coup, apparaît bien terne dans ce nouveau volet. Il se fait même voler la vedette par son demi-frère, l’avocat Mickey Haller -le héros de « La Défense Lincoln »- lequel passe de la défense à l’accusation en espérant coffrer définitivement, cette fois-ci, un tueur de fillette en passe d’être réhabilité suite à un test ADN, 24 ans après les faits qui lui sont reprochés.

C’est Los Angeles, une fois de plus, qui prête son décor à l’intrigue, mais Michael Connelly a choisi d’en atténuer délibérément les éclats les plus flamboyants. Déroutante de prime abord, la grisaille un peu glauque qui enveloppe l’enquête,  les personnages (rien ne nous est épargné des traces de sperme sur une robe d’enfant…) mais aussi, d’une certaine manière, le style de l’auteur, parvient curieusement à retenir notre attention.

Il faut dire que le point d’orgue du récit, à savoir le procès du tueur lui-même, est un modèle du genre. Un avocat à la fois retors et fanfaron, une juge bougonne dont on ne sait jamais vers quel côté elle va pencher, un témoin principal gorgé d’humanité… Tout cela tient parfaitement la cadence, jusqu’à rendre définitivement fascinant ce fameux système judiciaire américain dont nous avions déjà goûté certains méandres il y a presqu’un an, lorsque notre DSK national s’était fait coincer dans sa chambre d’hôtel de Manhattan.

Le dénouement est sanglant (il faut bien conclure…), tout en ménageant une vraie-fausse pirouette comme on les adore à travers ce juré No 10 bien décidé à tout faire capoter malgré le talent tactique et l’efficacité des investigations conduits par nos héros. Michael Connelly produit à cet instant une cassure dans la logique de son récit qui laisse joliment rêveur, comme s’il était le premier à ne pas être dupe de la mécanique bien rodée qui assure son succès dans les librairies depuis une bonne vingtaine d’années.

« Volte-face », de Michael Connelly (Editions Calmann-Levy). Sortie le 9 mai



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