Le Bloc

Un communiste qui dérange, c’est déjà un bon point. Un communiste qui nous balance un super roman, c’est encore mieux d’autant plus qu’en la matière (Désolé, mais Aragon n’a jamais été ma tasse de thé), on n’a guère le sentiment que ça se bouscule au portillon… C’est bien ça, l’horreur littéraire contemporaine: à l’exception d’un Paul Nizan – et encore-  les meilleurs écrivains ont toujours été des fachos ou des réacs absolus: James Ellroy aujourd’hui, Drieu et Céline hier…

Ça nous taraude depuis des lustres, tous ces scribouillards qui ont le coeur bien à gauche et la plume bien lourde, comme si le style était forcément de droite ou d’extrême-droite. Mais bon, tout cela est peut-être en train de changer… Le « Borgne » n’est plus à l’avant-scène avec ses imparfaits du subjonctif plus tuants les uns que les autres, de tous  les candidats à la présidentielle c’est Mélenchon qui s’exprime le mieux, et voilà que dans la prestigieuse collection « Série Noire » surgit un pur diamant rouge.

L’orfèvre a pour nom Jérôme Leroy…  Adhérent au PCF mais aussi chroniqueur dans le très droitier  « Valeurs actuelles », ce drôle de coco s’est glissé dans la peau de deux militants d’extrême-droite pour raconter l’odyssée du Bloc, ce parti qui, à la faveur d’une nuit d’émeutes dans le pays, se retrouve aux portes du pouvoir… Le premier des deux narrateurs n’arrête pas de se dire qu’il est « devenu fasciste à cause d’un sexe de fille ». C’est le dandy par excellence. Fan de Godard, pas raciste pour un sou et surtout pas du genre à effrayer les bourgeois, le type a en même temps participé sans le moindre scrupule à tous les coups bas de l’extrême-droite. Il est marié à la nouvelle chef du Bloc qui a succédé à son père et qui s’appelle Agnès et non pas Marine.

Le 2eme larron de l’affaire est plus dans le genre irréductible. Fils d’un prolo du Nord passé par la case « skinhead »(tendance gay) pour oublier les fermetures d’usines et la déchéance de son père, Stanko est devenu le chef du service d’ordre du Bloc, en charge de toutes les basses oeuvres. C’est lui qui sera sacrifié, au nom des intérêts supérieurs du Parti, à l’issue d’une sorte de nuit des longs couteaux dont on est toujours très friand de ce côté là de l’échiquier politique…

L’action du roman se déploie en une seule nuit tout en déroulant derrière elle 30 ans de turpitudes diverses et variées que l’on parvient aisément à décrypter si on a une bonne mémoire politique. Ça pulse et ça saigne dans « Le Bloc ». Ça joue à se faire peur également, l’auteur et le lecteur s’invitant mutuellement à fusiller le moindre soupçon d’empathie que pourraient faire naître des personnages évoqués à la 2eme personne du singulier. Magistralement maîtrisés, les codes du polar permettent néanmoins de déjouer toute ambiguïté non sans laisser rêveur sur les tartufferies, l’arrogance de classe et les orgies de bien-pensance qui ont mené l’extrême-droite française là où elle est actuellement.

« Le Bloc », de Jérôme Leroy (Collection Série Noire de Gallimard) Coup de projecteur avec l’auteur ce jeudi 2 février, sur TsfJazz, à 7h30, 11h30 et 16h30






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