Lions et Agneaux

Qu’ils soient Lions ou Agneaux, les héros sont fatigués… Voilà ce qui transparaît le plus nettement dans la mise en scène un peu vieillotte de Robert Redford. Comment se fait-il dés lors que ce téléfilm de luxe plombé par une overdose de champs/ contre champs fascine à ce point?

La réponse tient peut-être dans la mise à nu de Redford, du haut de ses 70 ans. Il est derrière la caméra, mais aussi devant, dans la peau d’un prof d’université démocrate vraiment cool qui exhorte l’un de ses étudiants à s’engager en politique pour changer le monde. Quand on connaît le passé de gauche de l’acteur, on devine que la tentation de l’autoportrait n’est pas loin, d’autant plus que dans « Lions et Agneaux » personne ne cache son âge.

Le face-à-face Meryl Streep/ Tom Cruise laisse du même coup tout autant rêveur: lui en fringuant sénateur prêt à vendre une offensive militaire risquée dans les montagnes afghanes, elle en journaliste chevronnée, peu à peu dominée par son interlocuteur, et qui sait que ses plus belles années sont derrière elle… Les personnages du film, au final, s’effacent derrière leurs interprètes: il n’est plus Gatsby le Magnifique et elle n’est plus la Maîtresse du Lieutenant Français, puisque c’est le sourire carnassier et un peu figé de Mr Top Gun qui « paramétrise » désormais les fondamentaux hollywoodiens. Ce n’est pas le moindre mérite de Robert Redford que d’avoir ainsi braqué la lumière, de manière presque masochiste, sur l’horloge biologique (et politique) d’une certaine forme de star-system à l’américaine…

Lions et Agneaux, de Robert Redford (Sortie en salles 21 novembre)




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