Bullet Park

Un frigo qui tombe en rade, une blonde qui se shoote à la crème chantilly ou encore une tortue géante qui traverse la pelouse au clair de lune… Bienvenue à « Bullet Park », ce lotissement new-yorkais des  années 60 qui a valu à l’écrivain John Cheever son surnom de « Tchekhov des Banlieues ». C’est le collectif des Possédés qui adapte ce roman sur la scène de la Bastille, retrouvant au passage un entrain, une acidité et un art du théâtre à vif qui font plaisir à voir après quelques prestations en demi-teinte.

« Bullet Park » confronte deux couples radicalement différents: Eliot et Nellie Nailles se raccrochent à leur confort matériel. Problème: leur fils tombe soudainement en dépression. La mère en devient folle. Le père, lui, ne veut rien voir. Il balance à qui veut l’entendre que son gosse est victime d’une mononucléose quand ce dernier rejette tout simplement le mode de vie et les oeillères éducatives de ses parents.

Le deuxième couple a l’air plus lucide… et tout aussi paumé: Paul et Marietta Hammer n’ont plus trop l’air de se souvenir de leur lune de miel. Un pied en dehors du système, un pied dedans, ils assument à peine leur marginalité et leur absence de but. Seul le mari paraît encore motivé par une obsession des plus morbides puisqu’il s’est donné pour objectif de crucifier le rêve américain au sens propre du terme…

Emmené par une troupe en or (mention particulière pour Marie-Hélène Roig -alias Nellie Nailles- lorsqu’elle évoque ses émois érotiques lors d’une sortie loin de son mari…), « Bullet Park » dégaine à tout va sans jamais partir en vrille. Entre Marie Ndiaye et « American Beauty », la peinture au vitriol d’une certaine société de consommation se déploie, ici, dans le registre d’une insidieuse étrangeté secouée par une scénographie toujours en mouvement, à l’image de ces peurs intimes qui, à force d’être refoulées, prennent de plus en plus de place…

« Bullet Park », par le collectif des Possédés, Théâtre de la Bastille, à Paris, dans le cadre du festival d’Automne (jusqu’au 22 décembre). Coup de projecteur avec Rodolphe Dana, le metteur en scène de la pièce, ce jeudi 1er décembre, sur TsfJazz (7h30, 11h30, 16h30)




Une réponse à “Bullet Park”

  1. WeissinBlue dit :

    J’ai eu l’occasion de voir la pièce à Lausanne. Pour avoir lu le roman auparavant, je tiens à féliciter l’adaptation, les choix, le parti pris scénographique, les acteurs qui permettent ce phénomène: une résonance entre le roman et la pièce, où quand deux créations communiquent…Merci!