Urgent crier ! (Caubère joue Benedetto)

Avec la poignante animalité qu’on lui connait, mais aussi cet art de la fragilité, de la retenue et de la démultiplication qui en font l’un des comédiens les plus dantesques de la scène hexagonale, Philippe Caubère redonne vie à André Benedetto,  figure emblématique du Off au festival d’Avignon, disparu en 2009.

Seul sur scène, l’acteur rend ainsi  justice à celui qui, refoulé de la cour d’honneur de la Cité des Papes, avait intitulé son premier recueil de poèmes « Urgent crier ! » avant de transformer son théâtre des Carmes en sanctuaire militant où la flamboyance du verbe et de l’engagement, comme chez Armand Gatti, primait sur tout le reste…

Etait-ce son accent du sud qui exposait Benedetto au mépris des parisianistes ? Philippe Caubère en joue magnifiquement, de cet accent… Accent aigu, comme la conscience du dramaturge lorsqu’il signe en 1967, « Napalm », une pièce sur la guerre du VietNam… Accent grave quand, un an plus tard, des soixante-huitards énervés prennent pour cible Jean Vilar… « Au festival, je n’ai pas vu le peuple, je n’ai vu que des flics », écrivait alors André Benedetto...

Projetés sur un mur, au fond de la scène, des photos et des vidéos font revivre le boucan de l’époque au rythme d’une guitare tour à tour électrique, psyché et andalouse… On s’aperçoit, au passage, qu’André Benedetto avait une vraie gueule d’ange et la même intensité, dans le regard, qu’un autre natif de la Méditerranée en la personne d’Antonin Artaud, ce « corps immensément souffrant » également célébré par le barde avignonnais.

Mais le vrai spectacle, plus que les images en fond de scène, réside dans les mots d’André Benedetto et dans la manière avec laquelle Philippe Caubère , tel un soliste happé par son compositeur, les fait palpiter en alternant tonalité émue et registre fauve… Au final, c’est l’amour fou du théâtre que l’acteur nous fait respirer à pleins poumons.

« Urgent crier ! Caubère joue Benedetto », de et avec Philippe Caubère (Maison de la Poésie, à Paris, jusqu’au 31 décembre) Coup de projecteur avec Philippe Caubère, le jeudi 17 novembre, à 7h30, 11h30 et 16h30 sur TsfJazz…




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