Le Goncourt… ou ce qu’il en reste

C’est une sélection de romans d’un niveau exceptionnellement faible qui sera soumise au jury du prix Goncourt ce mercredi 2 novembre. Eliminés lors des précédents écrémages, Eric Reinhardt, Delphine de Vigan et Emmanuel Carrère laissent en compétition quatre ouvrages qui, à des degrés divers, n’ont ni la densité, ni l’envergure des deux précédents lauréats, à savoir « La Carte et le territoire », de Michel Houellebecq, et « Trois femmes puissantes », de  Marie Ndiaye. Ceci étant, il faut bien faire un choix…

On aurait aimé faire de Lyonel Trouillot notre favori. C’est un Haïtien, comme Dany Laferrière, et Actes-Sud est une maison d’éditions qui a toujours conjugué l’audace et la modestie. « La belle amour humaine », hélas, se noie dans la joliesse d’une prose qui manque de souffle. Il y est question d’un mystérieux incendie dans un village du bord de mer et du peu de larmes qu’inspirent les deux victimes, un homme d’affaire véreux et un colonel tortionnaire. Dans ses meilleurs moments, ce roman dégage une force poétique dans laquelle a toujours excellé la grande littérature haïtienne… Le plus souvent, malheureusement, on se sent un peu largué, à l’image des dernières pages dignes de ces parchemins sibyllins que l’on renonce à décrypter.

Après Haïti, l’Irlande… C’est le terrain de prédilection, on le sait, de Sorj Chalandon, ancien journaliste à « Libération » et auteur il y a quelques années d’un fabuleux « Mon Traître »… Dans son nouvel opus, « Retour à Killybegs » (toujours chez Grasset), l’auteur revient sur le destin Tyrone Meehan, un activiste de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) qui a trahi la « cause ». C’était le même sujet dans « Mon Traître  » ! Seule la perspective a changé. On ne comprend pas, du même coup, la nécessité qu’a éprouvée Sorj Chalandon à repartir sur les mêmes traces et on comprend encore moins les louanges suscitées par son récit alors que « Mon Traître » avait été, à l’époque, accueilli avec beaucoup plus de discrétion.


Egalement en lice, le roman le moins contemporain de cette rentrée littéraire… Dans « Du domaine des murmures », publié par Gallimard, Carole Martinez nous fait entendre une musique très particulière à travers le calvaire d’une jeune femme du Moyen-Âge qui préfère vivre recluse plutôt que de se marier… Avouons-le franchement: on n’a pas réussi à aller plus loin que quelques dizaines de pages dans cet univers mystique à souhait dont le caractère plus ou moins glauque, même au son du clavecin, est quelque peu rebutant. Reste le charme obscur d’une écriture délibérément caressante et l’écho indéniablement féministe de ce cauchemar médiéval qui s’adresse peut-être plus à des lectrices qu’à des lecteurs…

C’est lui, enfin, qui fait figure de grand favori en cette année-centenaire de Gallimard… Avec « L’art français de la guerre », Alexis Jenni a « buzzé » comme il se doit, à la démesure d’un premier roman qui brasse des thèmes et des enjeux qui forcent le respect. On l’a dit précédemment, Alexis Jenni n’est pas le nouveau Jonathan Littel… Ses disgressions pataudes sur le post-colonialisme lui font louper le coche alors que la partie purement fictionnelle de son roman est une indéniable réussite… La littérature française a tardé à évoquer la guerre d’Algérie. Elle était encore plus discrète sur la guerre d’Indochine. C’est cette rareté, au final, qui mériterait peut-être un Goncourt… ou ce qu’il en reste…




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