Dig it to the end

Le son d’un projecteur, des bruits de pas, un talon qui claque et cet archet du diable qui escorte un toucher de piano de plus en plus cristallin… Bienvenue dans « Decent Life », climax hors-pair d’un album inclassable tombé presque par hasard sur la planète jazz et qui ne ressemble évidemment à rien de ce que l’on résume communément sous un tel vocable. Et pourtant, « Dig it to the End », 2ème opus de Tonbruket, le groupe formé par le Suédois Dan Berglund, pourrait bien être LA tuerie de l’année pour les fans les moins obtus de la note bleue.

On y retrouve, mais avec une soif de contrastes encore plus fascinante, les ambiances flottantes et hypnotiques que savait si bien instiller le légendaire trio E.S.T dont Dan Berglund était l’un des piliers avant le fatal accident de plongée du leader, Esbjörn Svensson. Remontent désormais à la surface des textures tour à tour martiales et élégiaques, des combinaisons instrumentales qui regorgent d’inventivité, une alchimie ensorcelée entre jazz électrifié et rock expérimental qui va même jusqu’à réinventer le Boléro de Ravel sur un mode mambo !

Avec à ses côtés le guitariste et compositeur Johan Lindström et son jeu de pédal-steel réverbérant à souhait (mais en version acoustique, le bonhomme fait aussi des merveilles sur un titre comme « Grandma’s Haze »), Dan Berglund s’est également entouré de Martin Hederos aux claviers et Andreas Werliin à la batterie et aux percussions. Le quartette sait montrer du muscle en de belles occasions, notamment sur le morceau éponyme de l’album avec son final carrément spectral à l’orgue et à la grosse caisse. Mais c’est surtout la douceur mélodique de la plupart des titres qui berce l’oreille… Une intro qui ruisselle sur « The Gripe »,  du jazz qui carillonne sur « Lilo », un parfum d’Eden sur « Draisine Song »… Allons donc… Il n’y a rien d’effrayant dans cette affaire, contrairement à ce que pourrait suggérer l’espèce d’Elephant Man qui orne la pochette du disque.

Il n’y a rien d’effrayant, et en même temps tout, dans cet album, est étrange, planant, espacé, poétique, aérien, organique comme un film de Terrence Malick, avec un grain de son qui émeut autant qu’un grain de peau. Rien d’étonnant, au passage, que cette odyssée sonore qui se paye le luxe de contourner les paramètres du groove le plus élémentaire soit publiée sur le label allemand ACT… Le même label qui nous a déjà prouvé, avec Youn Sun Nah et Vijay Iyer, que c’est peut-être bien en allant voir ailleurs que le jazz touche à l’essentiel.

« Dig it To The End », Tonbruket (ACT) voir aussi, en version courte, ce qu’en dit notre programmateur musical David Koperhant, qui nous a fait découvrir ce disque sur TsfJazz…




Une réponse à “Dig it to the end”

  1. Je suis à 100 % de votre avis, cet album puissamment addictif aux mélodies ciselées comme autant de magnifiques bijoux, sera une des deux tueries de l’année 2011.
    (La seconde sera, à mon avis, le « Cheerleaders » de Pierrick Pedron, également sur ACT : une nouvelle esthétique ?)