(A)pollonia

C’est un beau travail de recherche, à la fois exigeant et intense, que propose le théâtre de Chaillot à travers « (A) pollonia », la nouvelle pièce de Krzysztof Warlikowski. Cela fait plusieurs années qu’on le suit avec beaucoup d’intérêt, ce  metteur en scène polonais de 47 ans …  On se souvient du fantôme d’Ethel Rosenberg dans  « Angels in America » et surtout de sa relecture de « Le Dibbouk », aux Bouffes du Nord, en 2005… Là encore, il était question de fantômes… Ceux de la Pologne contemporaine et de son identité juive que Krzysztof Warlikowski confrontait à la célèbre fable kabbalistique…

L’histoire continue, d’une certaine manière, avec « (A) pollonia », qui a été l’événement du dernier festival d’Avignon…  Dans l’un de ses grands arcs dont il a le secret, le metteur en scène polonais met en relation la Shoah et les mythes de la tragédie grecque qu’il contextualise en y superposant plusieurs textes contemporains. Le personnage d’Agamemnon, par exemple,  reprend le désormais célèbre exposé du nazi des « Bienveillantes », de Jonathan Littell, sur l’arithmétique de la mort et les racines du mal qui seraient en chacun de nous… D’autres récits s’enchevêtrent… D’autres sacrifices, subis ou voulus… Iphigénie, Alceste, et pour finir Apolonia, cette Polonaise exécutée par les Allemands pendant la guerre après avoir tenté de sauver plusieurs enfants juifs… Apolonia dont le fils remet en cause la légitimité du sacrifice au moment où on remet à sa mère, à titre posthume, la médaille des Justes…

Une sourde inquiétude irrigue la mise en scène, qui fait fi de tout cliché sur bourreaux et victimes… Enfermés entre des murs de plexigas qui les font se cogner encore plus durement aux tragédies de l’histoire, les personnages trimballent avec eux des mannequins d’enfants aux regards poignants (les enfants de la Shoah ?)… Une caméra vidéo itinérante donne à voir, en écho, les visages des comédiens en gros plan,  avec une musique parfois très violente en arrière-plan…Le moment le plus fort de la pièce survient après l’entracte, lorsqu’une conférencière tente un incroyable parallèle entre les morts de la Shoah et les animaux qu’on envoie à l’abattoir… Tout cela dure près de 4h30, et n’est pas forcément à la portée de tous les publics… Ceci étant, ceux qui feront l’effort en resteront durablement impressionnés.

(A)polonnia, de Krzystzof  Warlikowski , au théâtre de Chaillot à Paris, jusqu’au 12 novembre




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