La Piel que Habito

A la fois chouchou des festivals et éternel retoqué dés qu’il s’agit de lui décerner la récompense suprême, Pedro Almodovar a encore fait le voyage pour rien au dernier festival de Cannes. Si la punition était méritée pour le prétentieux « Etreintes brisées », pétard mouillé du cru 2009, « La Piel que habito », qui sort en salles le mois prochain, aurait sans doute mérité, à défaut d’une palme d’or, une plus grande reconnaissance de la part du jury présidé par Robert de Niro.

Troquant le mélo bariolé pour un thriller machiavélique inspiré d’un polar de Thierry Jonquet, le cinéaste espagnol nous invite dans la froide demeure d’un chirurgien esthétique qui parvient à doter une jeune créature d’une peau neuve susceptible de résister à toutes les agressions extérieures… Le problème, c’est que cette sympathique expérience va de pair avec une séquestration des plus fâcheuses. Retenue contre son gré, la jeune créature s’apercevra, au final, que son docteur Frankenstein préféré ne s’est pas seulement contenté de faire joujou avec son épiderme…

L’agilité de mise en scène avec laquelle Pedro Almodovar nous sert un tel menu n’est pas le moindre atout de ce film qui louche à la fois du côté d’Hitchcock et de Georges Franju, l’auteur du terrifiant « Les yeux sans visage », avant de retomber très élégamment dans les thématiques propres au réalisateur, notamment en matière d’instabilité sexuelle. L’humour est également au rendez-vous. « Voici Véra. Véra Cruz », balance le chirurgien en présentant son cobaye, double allusion à un célèbre film américain et à une non moins célèbre comédienne espagnole qui, pour une fois, n’est pas présente au générique même si la magnifique Elena Anaya a le regard tout aussi ensorcelant.

Antonio Banderas, qui rappelle un peu George Clooney, et Maria Parades dans le rôle d’une truculente gouvernante, complètent la distribution de ce nouvel opus qui pourra apparaître à certains comme une étape mineure dans l’oeuvre du réalisateur espagnol, sauf peut-être aux yeux de ceux que son cinéma a souvent laissé de marbre. Les uns et les autres pourront en même temps s’accorder sur le fait que plastiquement parlant le film est admirable et qu’il en est de même sur le plan musical, notamment grâce aux cordes vibrantes d’Alberto Iglesias, à l’envoûtante chanteuse Concha Buika et à une belle reprise de « Petite fleur » de Sidney Bechet.

« La Piel que habito », de Pedro Almodovar (Sortie en salles le 17 août)




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