Les frères Sisters

Le palmé et pourtant incompris Dheepan ne lui a pas fait changer de fusil d’épaule. Avec Les frères Sisters, adapté d’un roman de Patrick deWitt, le réalisateur de De battre mon cœur s’est arrêté poursuit une quête de tendresse et de fraternité qui prend d’autant plus de relief qu’elle se déploie dans des formats peu enclin à la délicatesse.

Après la guerre des cités, le western. En pleine ruée vers l’or, deux frères (John C. Reilly et Joaquin Phoenix) dont le passe-temps consiste à occire sans le moindre état d’âme quiconque figure sur la liste noire de leur employeur se lancent sur les traces d’un prospecteur-chimiste (Riz Ahmed) muni d’une formule magique pour décrocher le jackpot. Ce dernier est également poursuivi par un détective privé (Jake Gyllenhaal) présentant des signes extérieurs de civilisation peut-être plus éloquents que les signaux envoyés par les deux frangins mercenaires.

Ils font pourtant des bien des efforts, les frères Sisters, pour s’adapter au nouveau monde. Surtout l’aîné, transfiguré par les fragiles rondeurs de John C. Reilly et carrément irrésistible lorsqu’il se brosse les dents tout en jouant les coquets avec un foulard rouge. Il fallait s’y attendre, le Far West de Jacques Audiard tranche singulièrement avec le tout-venant du western stylisé façon Clint Eastwood ou diabolique version Tarantino. Ici, même les rustres peuvent s’adoucir au miroir de leurs traumas d’enfance et crapahuter sur des chemins initiatiques tels que les a toujours affectionnés le réalisateur de Un Prophète.

Ainsi la conscience vient aux cowboys. Il leur arrive même d’avoir des convictions politiques au moment où le mythe du wilderness -la nature vierge- succède à un paysage de granges brûlées, emportant la mise en scène dans un climax de sérénité (magnifique photographie signée Benoit Debie) au bord d’une rivière. La soif de l’or devient alors quête d’idéal à l’instar de ces conversations étonnantes où l’un des personnages, fondu de socialisme utopique, se met à imaginer une communauté harmonieuse où d’éventuels conflits ne se règleraient plus à la gâchette.

On l’aura compris, il est vraiment temps d’en finir avec les clichés sur Audiard cinéaste de la virilité et de la testostérone. Magistrale alternative à un genre dont la contemporanéité peut être sujette à caution, son bréviaire de l’Ouest conjugue émotion et humour (l’héritage des frères Coen, encore une fois…) avec une dextérité aussi jubilatoire que le propos est désenchanté. Le film est dédié au frère aîné du réalisateur, décédé à l’âge de 26 ans.

Les frères Sisters, Jacques Audiard (Sortie en salles ce mercredi 19 septembre). Coup de projecteur, la veille, sur TSFJAZZ (13h30) avec le réalisateur.





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