Coincoin et les Z’inhumains

Dans le registre du bressonien hilare, Bruno Dumont a alterné les hauts et les bas. Entamé il y a quatre ans avec le génialissime P’tit Quinquin, sa veine loufoque a touché le fond à deux reprises avec le surchargé Ma Loute et le non moins potache Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc. Autant dire qu’on craignait le pire avec cette suite de P’tit Quinquin, toujours en format mini-série sur Arte.

Résultat en deux temps, avec d’abord ce sentiment que la magie et la poésie n’opèrent plus comme auparavant. L’humour aussi prend du plomb dans l’aile. Il roule sur deux roues, comme la voiture de l’ineffable commandant Van Der Weyden toujours flanqué de son associé, le terrien et désabusé Carpentier, aux expressions hélas bien limitées sur la durée…

La densité est ailleurs. On avait quitté un môme, on retrouve un adolescent. Il a toujours ce nez un peu distordu, le Doinel de Bruno Dumont, mais avec en bonus cette inquiétude qui embue désormais le regard, ce mal-être de mal-aimé. Elle était si mimi, sa petite fiancée d’il y a quatre ans. Sauf que depuis, elle s’est entichée d’une jeune camionneuse. Pas de quoi désespérer, heureusement, surtout quand surgit dans les bras de P’tit Quinquin rebaptisé Coincoin une miss encore plus sexy, avec ce mix de vulgarité et de fragilité qui, quelque part, rend l’offrande autrement plus précieuse.

Plus percutante encore, cette accélération dans la dinguerie et le carnavalesque via des collisions improbables. Coincoin et les Z’inhumains ne cesse de jouer aux autos tamponneuses (et pas que sur deux roues!) avec ses paysages follement poétiques de la Côte d’Opale et  son scénar zinzin de glu extra-terrestre qui dédouble les personnages, y compris le commandant Van Der Weyden lui-même ! Et quand le burlesque vire au fantastique au détour d’une séquence d’anthologie de zombies en plein camping nordique, force est de constater que Bruno Dumont a fait mouche.

Le récit prend dés lors la forme d’un hymne à la difformité, seul antidote à une normalité déréglée dont témoignent quelques fachos établis traînant dans les parages… Les envahisseurs, décidément, ne sont pas là où l’on croit, comme si chacun devenait finalement l’extra-terrestre de l’autre avant de communier dans une sorte de blues final sous la baguette d’un groupe d’immigrés africains filmés comme des spectres de bonne volonté. Alors oui, longue vie à Coincoin, et vivement une troisième saison si elle préserve chez son créateur une joie de filmer aussi féconde.

Coincoin et les Z’inhumains, Bruno Dumont, sur Arte à partir du 20 septembre.




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