Guy

Pas si ringard qu’il en a l’air, le chanteur désenchanté. Sous ses dehors poussiéreux de rescapé des années Maritie et Gilbert Carpentier, Guy Jamet est impérial de lucidité sur sa fin de parcours. Les galas poussifs dans les sous-préfectures de province, les vieux tubes réorchestrés avec des jeunes musiciens qui ont la tête ailleurs, le passage obligé dans une radio dont l’humoriste-vedette vous décroche des vacheries bien senties sur votre âge -74 ans- et sur celui de vos fans… Il n’est dupe de rien, l’ex-No 1 au cheveu couleur blondasse.

Tellement dupe de rien qu’il se laisse sans coup férir portraiturer par un jeune documentaliste dont les intentions paraissent bien incertaines. Formaté justement en vrai-faux docu façon Strip-Tease (côté mise à nu, on est gâté…) avec des plans plus ou moins de traviole, Guy capte une conscience de soi qu’une fiction traditionnelle aurait ciblée de façon beaucoup plus convenue. Une réussite qui doit beaucoup à son réalisateur et acteur principal, l’humoriste Alex Lutz, lequel s’est composé pour la circonstance le masque tout en rides d’un « vieux beau » tour à tour sardonique, décati, aigre et touchant.

De fait, le spectateur renonce à s’en moquer, sans même attendre ce moment étonnant où notre homme parvient à apaiser, un soir, un clochard alcoolisé. Nous aurons vu entretemps sa fidélité à son éternelle attachée de presse (Nicole Calfan), l’attention qu’il témoigne envers son ex-partenaire et première épouse (Dani), ou encore sa sincérité teintée de maladresse lorsqu’il tente de renouer avec un fils qui s’est bien éloigné de l’univers paternel -sans parler de l’autre rejeton, l’illégitime, celui qui tient la caméra, comme cela nous est signalé dés le début du film.

Des tranches de rire salvatrices relancent l’attention lorsque la mécanique du récit paraît s’essouffler. On ne se lasse pas notamment de Pascale Arbillot dans la peau de l’irrésistible jeune épouse, surtout lorsqu’elle confie son engouement pour l’astrologie canine. Mais c’est surtout la finesse et la justesse des séquences qui emportent l’adhésion, y compris dans des séquences d’archives criantes de vérité.

Advient dés lors ce qu’on n’aurait jamais anticipé: on craque, nous aussi, pour ce chanteur d’un autre temps. Quand il reprend Robert Charlebois, c’est très beau. Et puis son Dadidou de jeunesse seriné avec sa dulcinée d’autrefois à laquelle Elodie Bouchez prête ses si jolis traits, c’est vraiment culte!

Guy, Alex Lutz (Sorti mercredi dernier)




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