Un tournant de la vie

Christine Angot, connaissais pas. Aucune trace de son nom dans ce blog plus que décennal tant l’univers de cette romancière, à la seule lecture de son avant-dernier opus, paraissait émarger au 3e sous-sol en termes de relief et d’originalité. Platitudes et impasses de l’auto-fiction, le glauque en plus. Le reste, à savoir cette notoriété factice et télévisée, ces foucades bobos et pathétiques, ce ton électrisé, ne distrayait l’attention qu’en mode circonstances aggravantes.

Et voilà ce nouveau roman, Un tournant de la vie. Un tournant, justement… Peut-être parce qu’on pressent, vu le sujet et la manière de l’aborder, que Christine Angot va se faire massacrer, on rechigne à tirer sur l’ambulance. On se surprend même à prêter une oreille à ses sirènes. Angot tente son Jules et Jim. L’un des deux hommes -l’ex-amant manipulateur qui refait surface 10 ans après- rappelle un rappeur à succès. L’autre, le compagnon de la narratrice, ingénieur du son taciturne, maladif et désargenté, fait lui aussi écho à une personne réelle.

« Je tremblais. Je n’arrivais plus à respirer. J’ai pris mon téléphone dans mon sac, j’ai appelé une amie ». Le ton est donné dans les premières pages. Un peu plus loin: « Il était assis au piano. Mon sexe a mouillé ». On pourrait en faire un sketch, on en ricane d’avance, et en même temps nous vient l’idée que ce « style de style », si on peut dire, se travaille avec plus de minutie qu’on ne l’imagine. Surtout au gré d’un récit qui fait plus que la part belle aux dialogues. Ce que certains, dés lors, appellent la novlangue Angot sonne curieusement, puis furieusement vrai.

C’est que le personnage féminin, comme l’écrivaine (et comme le lecteur…), se débat dans des sentiments contraires. Que faire quand le cœur se la joue Janus et comment traduire à l’écrit ce jeu du chat et de la souris entre le langage et l’âme, cette circularité visqueuse dans le va-et-vient amoureux, cette impureté qui irrigue ce que nous pensons de plus pur et que parasitent sans cesse les avatars de l’altérité: différences sociales, usure du temps, sarabande des ego ?

À un moment, la narratrice s’énerve contre Alex, son compagnon: « Tu me laisses parler… Tu comprends pas qu’une phrase c’est un souffle ? Chaque fois que tu m’interromps, je suis obligé de tout reprendre depuis le début. Parce que je reprends mon souffle »… Déclic. Christine Angot ou la recherche du « souffle » juste. Le souffle, pas le ton. Avec cette grammaire qui n’appartient qu’à elle, et puis aussi cette rythmique qui coule de source. La rythmique, pas le rythme. Comme si l’essentiel relevait moins de la mécanique que de ce qui la sous-tend. La rythmique, en jazz, ce n’est pas le saxophone ou la trompette mais  le piano, la contrebasse, la batterie… Alors l’émotion advient, pratiquement à notre insu.

Un tournant de la vie, Christine Angot, Flammarion. En librairie le 29 août.





Une réponse à “Un tournant de la vie”

  1. Ken dit :

    Moi ce qui m’étonne, c’est qu’elle puisse encore trouver un éditeur pour publier ses fadasses. Ses livres sont une insulte à la littérature française. Il n’y a qu’en France qu’on arrive à fabriquer un faux écrivain et le vendre comme s’il avait pondu le chef-d’oeuvre du siècle. Dans un pays anglo-saxon ou bien en Allemagne, il y a belle lurette qu’elle aurait plié bagage. Cette femme n’a rien à dire. C’est le vide intersidéral. Il est peut-être temps que cette escroquerie ‘arrête.

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