Under the Silver Lake

Encalminé dans sa léthargie mais persuadé que les astres lui seront un jour favorables, surtout dans une ville comme Los Angeles, Sam croise une blonde d’enfer en la personne de sa nouvelle voisine. De quoi lui enlever de l’esprit qu’il va bientôt être expulsé de sa piaule. Le gros souci, c’est quand cette splendide créature disparaît aussi inopinément que mystérieusement alors que Sam s’apprêtait à n’en faire qu’une bouchée…

Et c’est parti pour une odyssée dont David Robert Mitchell ne dissimule guère à quelle tradition du 7e art elle se rattache. Et vogue Los Angeles lorsque la Cité des Anges vire ainsi parano et quête de soi, à l’instar du Privé de Robert Altman ou, plus récemment, d’Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson, sans oublier, bien sûr, l’incontournable David Lynch, versant Mulholland Drive. Sauf qu’avec Under the Silver Lake, on aurait plutôt affaire à du Lynch arrosé de Tequila Sunrise tant la mise en scène surfe d’avantage sur l’acidulé que sur le ténébreux.

Vertiges et sortilèges, à vrai dire, restent au rendez-vous au gré des étapes que traverse notre enquêteur amateur (Andrew Garfield, impeccable de « cooltitude » désemparée…) pour élucider le mystère de la bombasse disparue: un tueur de chiens qui rode dans le coin, un groupe de rock gothique vecteur de messages secrets à condition d’écouter leur disque à l’envers, une balloon girl pour le moins perverse derrière son minois innocent… Le jeu de piste se veut d’abord carnavalesque, non sans brocarder la vacuité d’un petit monde confit d’artifices où des nouveaux riches s’offrent, comme les pharaons jadis, des tombeaux propices à réincarner ce que leur fantasmagorie a de plus dérisoire.

D’autant qu’elle se déploie dans un univers de culture pop qui absorbe autant qu’il altère nos manières d’être, un univers bardé de références -musicales et cinématographiques- jusqu’au moment où les références effacent les repères. L’espace d’un film, et avec pour attirail une virtuosité jubilatoire, David Robert Mitchell le dézingue, ce royaume des chimères. Et si tous grands tubes des années 80 n’étaient que l’œuvre d’un seul et même barbu psychopathe ? Et si les créatures les plus divines, genre Marilyn Monroe sortant d’une piscine dans le fameux film mort-né de George Cukor, se mettaient à aboyer ?

Dans Under the Silver Lake, les complotistes sont partout, une formule magique se niche dans une boîte de céréales, un guide du Hobo vous sert de passe-partout pour on ne sait quelle pseudo-caverne d’Ali Baba… Et le tueur de chiens dans tout ça ? On s’en fiche ! Seuls nous subjuguent l’insoutenable légèreté de l’errance et le pulpeux papier-cadeau de ce joyau de cinéma estival signé David Robert Mitchell. Dommage que le jury cannois soit passé à côté d’un film aussi sexy, déjanté, coloré, et probablement cultissime.

Under the Silver Lake, David Robert Mitchell, festival de Cannes 2018 (Sortie en salles le 8 août)




Les commentaires sont fermés.