Avicii: True Stories

Le documentaire se termine sur une reprise prenante du Feeling Good de Nina Simone, mais on connaît la suite. Le 20 avril de cette année, le DJ suédois Avicii met fin à ses jours alors qu’il était en vacances avec des amis dans le sultanat d’Oman. Il n’a que 28 ans et 7 mois. Trop tard pour rejoindre le fameux club des 27 dont font partie des figures aussi parlantes que Jimi HendrixJim Morrison, Kurt Cobain et Amy Winehouse.

Cela n’aura pas été son seul ratage. Discrètement sorti en salles en novembre 2017 et mis en ligne sur Netflix quelques semaines avant le suicide de la superstar, Avicii: True Stories égrène tous les leurres d’une vraie-fausse success story. Admis dans l’intimité du jeune bidouilleur de platines, Levan Tsikurishvili a été le témoin de son effondrement progressif, à peine troublé par quelques rémissions de façade.

Premier constat: le blondinet n’a pas le physique de l’emploi. Avicii -Tim Blergling de son vrai nom- a d’abord été ce geek fadasse baignant dans les clés USB et le plasma bourgeois. Difficile d’imaginer un tel gringalet copiner avec Madonna, même lorsqu’il se pique de vouloir soulever des poids. C’est pourtant bien à Madonna qu’on l’a confronté, et c’est bien dans les sphères de l’EDM (Electronic Danse Music), ce courant de la scène électro gangréné par des affairistes issus de l’industrie pop/rock, que va être propulsé un gamin qui n’était guère préparé à un tel univers.

Des stades sous stroboscopes, des foules déchaînées, et lui, seul, immobile, vissé à son ordinateur, très très loin de ce public qu’il ne peut capter, humainement parlant, qu’en levant le bras… Sous la casquette, l’âme d’Avicii part en vrille. Il colmate son angoisse en s’enfilant des boissons dites énergisantes, et c’est le pancréas qui morfle. Jusqu’à l’ablation de la vésicule biliaire. Le spleen s’accélère, le rythme des concerts aussi. Il veut lâcher prise, mais les autres le pressent comme un citron. Avicii, c’est une marque, lui dit-on. Ne surtout pas la mettre en danger, ni décevoir Obama qui été jusqu’à citer le jeune surdoué dans l’un de ses discours…

Le passage le plus déchirant du docu, c’est lorsque le DJ joue les intellos en parlant à l’un de ses potes de Carl Jung, le disciple révolté de Freud. Il se reconnaît sans mal dans cette typologie des introvertis montrés du doigt car inaptes au futile et au festif. Ceux-là ne rêvent que de discussions profondes avec autrui. Avicii se répand, mais son pote réagit bizarrement. Il rigole. On dirait qu’il n’en a rien à cirer, ou alors qu’il ne comprend rien à ce que lui raconte le si perturbé Tim Blergling. Elle est décidément bien glaciale, cette version de Feeling Good.

True Stories, Levan Tsikurishvili. Actuellement sur Netflix.






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