Un couteau dans le cœur

Blondeur peroxydée et cœur en lambeaux, Vanessa Paradis noie un chagrin lesbien en produisant du porno gay à l’eau de rose dans le Paris des années 70. « Je veux tous vous voir au garde à vous et plus raide que Giscard », ordonne son réalisateur attitré (Nicolas Maury) pour stimuler les adonis recrutés dans des films aux titres gorgés de poésie, genre De sperme et d’eau fraîche. Et lorsque la gouaille ne suffit pas, un immonde machiniste surnommé « bouche d’or » entre en scène. Aucune « panne » ne lui résiste.

Tout irait pour le mieux si un tueur masqué ne venait pas écrémer le plateau de tournage de quelques sanglants exploits au moyen d’une arme étrange, mix de poignard et de godemichet. Soudain, on ne rit plus. À charge pour Vanessa Paradis d’élucider ces meurtres en série entre deux verres d’alcool et pas mal de larmes, surtout lorsque son ex-amante de monteuse vient compléter l’hécatombe.

Vu le sujet, on peut difficilement parler d’un film sans queue ni tête, mais l’esprit y est. Entre quête romantique et hommage au giallo, ce genre populaire à la croisée du polar, du film d’horreur et du cinéma érotique, Yann Gonzalez ne paraît pas trop savoir où il veut nous emmener. Dopé à l’underground depuis son premier opus, Rencontres après minuit, il enrobe son nanar baroque d’atours kitchissimes qui ne font pas vraiment pas vraiment paravent face au sentiment d’ennui et de mauvais goût qui nous envahit.

Pour l’hommage au giallo, on se reportera avec bien plus de bonheur à Midi-Minuit, une bande dessinée qui vient de paraître aux éditions Dupuis sous la signature de Doug Headline et Massimo Semerano. Quant aux fans de Vanessa Paradis, on imagine leur douleur à la voir ainsi pulvériser le mur du ridicule, ne serait-ce qu’à travers cette aberrante séquence de cabine téléphonique où elle supplie son ex-compagne de revenir dans ses bras.

Maniéré et solennel, Un couteau dans le cœur pourra éventuellement ravir quelques assoiffé(e)s de film-culte qui se gargarisent de ce que le commun des cinéphiles rejette. L’imaginaire filmique que convoque Yann Gonzalez confine malheureusement trop au grotesque pour mériter une telle attention. La sélection cannoise, à cet égard, sonne comme une magistrale faute de goût.

Un couteau dans le cœur, Yann Gonzales, festival de Cannes 2018 (Sortie en salles ce mercredi)




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