3 jours à Quiberon

À quoi joue-t-elle avec ce journaliste si cruel ? En quête de remise en forme lors d’une cure de thalassothérapie à Quiberon, en mars 1981, Romy Schneider se confie à un plumitif allemand du magazine Stern, Michael Jürgs. Le type se comporte comme un charognard. On a envie de le trucider sur place. Le problème, c’est qu’il pose des bonnes questions.

L’avantage, c’est que la réalisatrice franco-iranienne Emily Atef, née à Berlin, tisse autour de cette confrontation une belle œuvre de fiction, à la fois perturbante et poignante. La Romy Schneider saisie devant la caméra n’est pas encore arrivée au faîte de ses malheurs. Ce n’est que quatre mois plus tard qu’elle va perdre son fils, David. Pour l’heure, elle est incapable de le prendre au téléphone, lui dont le père s’est pendu deux ans auparavant. Elle est également en plein divorce avec Daniel Biasini, le papa de Sarah. « Je suis une femme malheureuse de 42 ans et je m’appelle Romy Schneider », balance-t-elle d’emblée à son intervieweur.

Et puis il y a tout le reste: les cadences infernales de sa vie d’actrice dans laquelle elle s’abîme comme on se noie dans l’alcool, ou encore son passé qui ne passe pas, des risettes avec Hitler lorsqu’elle était gamine (Magda Schneider, on le sait, fréquentait assidûment le Nid d’Aigle…) à la rupture avec Alain Delon, en passant par cette stupide Sissi qui l’a cannibalisée avant de lui aliéner tout un peuple lorsqu’elle s’est décidée à quitter l’Allemagne et les froufrous de princesse…

Le journaliste est allemand. Donc, sur Sissi, il en fait des tonnes. Sauf que la comédienne ne l’envoie pas balader. On a l’impression, au contraire, que c’est tout le tremblé de sa vie et de son cœur qu’elle lui jette en pâture. On subodore un pacte faustien entre ces deux-là, la star qui se met sciemment à nu entre deux verres de champagne, un pacte qui exclut notamment la meilleure amie d’abord soucieuse de son statut de meilleure amie, ainsi que le photographe ex-amant un peu pataud qui croit conjurer ce que la situation a de glauque avec ces clichés énamourés…

Noir et blanc vaguement hivernal, comme la Bretagne où Romy tente d’échapper à ses ténèbres. Marie Bäumer incarne avec une vérité inouïe l’héroïne de L’Important c’est d’aimer. Son accent, ses sursauts de luminosité, son sourire comme un cri… Le film manque parfois  un peu d’énergie, mais le pari de l’anti-biopic est relevé haut la main.

3 jours à Quiberon, Emily Atel (en salles depuis le 13 juin)




Les commentaires sont fermés.