Héros oubliés de la Coupe du monde

Le ballon rond sans prise de tête, à visage humain et connecté au sociétal, voire même à l’éco ou au politique… Cela fait 15 ans que So Foot dribble avec bonheur sur une recette que son créateur, Franck Annese, a prolongé au travers d’un autre titre à succès, Society. Avec toujours cette idée que le cœur d’un sujet, quelque part, se situe à sa périphérie.

Joli raccord, du coup, avec le Mondial 2018 en Russie que cette chronique des héros oubliés de la Coupe du monde entreprise par l’équipe du magazine. Une autre mythologie s’y déploie avec ces personnages hors-cadre, ces destins brisés et ces absents tellement présents à leur manière. On y retrouve aussi une certaine idée de ce que le foot n’est plus ou de ce qu’il est de moins en moins, à savoir un roman tout en défis et en fêlures, à l’instar de ce Pelé russe envoyé au goulag avant le Mondial 58.

D’autres encore se sont fait rattraper par des trames extra-sportives: Mathias Sindelar, l’Autrichien qui brave Hitler en marquant contre l’Allemagne en plein Anschluss, João Saldanha, le marxiste fort-en-gueule que la dictature brésilienne éjecte de son poste d’entraîneur une fois acquise la qualification pour le Mondial victorieux de l’an 70, ou encore Salah Assad, le natif de Kabylie qui transcende l’équipe algérienne en 1982 avant de passer quatre ans en détention au Sahara pour avoir adhéré au Front Islamique du Salut (FIS).

Héros oubliés, mais aussi salauds oubliés: Alexandre Villaplane, par exemple, le capitaine tricolore lors de la première Coupe du monde en 1930. Il va se reconvertir SS en 1944. On les avait aussi effacés de notre mémoire, ces paramilitaires unionistes  qui dézinguent 24 supporters nord-irlandais en 1994. C’était dans un troquet paumé de Loughinisland, à 30 km de Belfast, pendant la rencontre Irlande/Italie aux Etats-Unis. Le pub a rouvert, depuis, et continue à diffuser des matchs. « L’image est toujours nette, même quand le vent souffle ».

Revisiter ces figures oubliées, c’est aussi honorer ceux qui ont refusé d’être dans la norme. On pense notamment à Jorge Gonzales, ce Salvadorien élu homme du match en 1982 alors que son équipe s’est faite exterminer 10-1 par la Hongrie. Recruté au FC Cadix, son addiction aux nuits andalouses lui sera fatale. Tout aussi destroy, le si prometteur José Touré exfiltré des Bleus en 1986 pour cause de blessure. À défaut de Mexique, il va s’abîmer dans la coke, l’alcool… et le jazz, avec une virée inopinée du côté de Montreux.

Bien plus chanceux, les Bulgares qui traumatisent la France de Ginola en novembre 93. À gros renforts de frites et de bières, ils atteindront les 1/2 finales de la World Cup 94. « Il y a ceux qui gagnent les coupes du monde, et il y a ceux qui les écrivent », peut-on lire dans la préface de cet ouvrage épique. On n’est pas certain de préférer les premiers.

Héros oubliés de la Coupe du monde. Grands absents, destins maudits et amours d’été. So Foot. (So Lonely). Coup de projecteur sur TSFJAZZ le 14 juin. À réentendre ici en podcast.





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