Je suis un pays

Celui par qui le langage théâtral devait subir sa prise du Palais d’Hiver n’est plus, désormais, que son idiot utile. C’est d’ailleurs autour d’une réadaptation pétaradante du classique de Dostoïevski que nous avions découvert Vincent Macaigne il y a quatre ans. C’était bluffant et mélancolique. Un vent d’air frais, effectivement, une manière de tout oser, de se casser la gueule et de se relever illico qui forçait l’admiration entre bouffonnerie mystique et dérision échevelée.

La magie sera vite retombée. Livré brut de décoffrage cet automne aux Amandiers de Nanterre et repris ces jours-ci à la Colline, Je suis un pays reconfigure Macaigne en trublion institutionnalisé: ça dégouline de sang, ça assourdit les oreilles, ça embue de fumigènes, sauf que portée à ébullition, cette bouillie hurlante et puérile ne donne lieu qu’à de la logorrhée politique niveau brevet des collèges.

On sentait poindre ce risque puisqu’il s’agit là d’un texte de jeunesse de l’auteur-acteur-metteur en scène, versé dans un fatras d’anticipation où il est vaguement question d’un frère et d’une sœur qui ne font pas les mêmes choix dans un monde post-apocalyptique offert à la dictature de Monsanto et au règne du divertissement publicitaire. Si l’aspect gothique du récit peut distraire, il n’en va pas de même lorsqu’on comprend que son noyau dur se résume à une émission de télévision hystérique dupliquée en séquence de télé-réalité où il s’agit d’élire un nouveau président. Dans un décor onusien, les effigies de Trump, Macron et autre reine d’Angleterre accompagnent les braillements des acteurs.

Ces derniers se mêlent parfois aux spectateurs, invités à venir sur scène pour danser sur un tube de Rihanna. Il est même possible à la fin, toujours sur le plateau, de partager un verre de bière avec la troupe. On l’aura compris, ce rajeunissement du public se paie au prix fort artistiquement parlant. Surtout lorsque cela amène un provocateur auto-proclamé à ne plus dynamiter que son propre style.

Je suis un pays, Vincent Macaigne (Théâtre de la Colline, à Paris, jusqu’au 14 juin)




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