Once in a Blue Moon

Trois « mâles blancs » tout sourires, un look d’étudiants sur le retour, l’éternelle formule piano/contrebasse/batterie… Le trio Reis/Demuth/Wiltgen est mal barré à première vue pour déclencher le buzz de l’année. Et en plus, ils sont Luxembourgeois ! Et en re-plus, ils ont confié à un Écossais les liner notes de leur nouvel album !! Et pourtant, cette Little Europa nous offre un vrai disque de printemps, les orages en moins.

En vérité, cet album, c’est le paratonnerre idéal face à un jazz arrogant, lourdingue et faussement moderne. Ni Fender, ni électro, et encore moins de solo qui n’en finit pas. Juste une douzaine de tourneries fraîchement ciselées et souvent ensoleillées même si elles intègrent aussi en leur sein deux ou trois ballades aucunement pleurnichardes ainsi qu’une reprise mezzo voce de l’iconique Joni Mitchell.

Ce One in a Blue Moon respire également une dynamique en pleine lancée.  Cela fait peu de temps que Michel Reis, Marc Demuth et Paul Wiltgen se sont retrouvés. Dans les années 90, ils reprenaient Brad Mehldau dans les fêtes de leur lycée. Leurs chemins ont ensuite bifurqué avant que chacun d’eux ne mette l’expérience acquise dans le pot commun d’un trio parfaitement cohérent et qui a déjà à son crédit deux autres albums, dont l’un -Places in Between- date d’à peine un an… Entretemps, un certain Joshua Redman les a intronisés parmi les meilleurs musiciens européens du moment.

Ce qui les transcende saute rapidement aux yeux- ou plutôt aux oreilles: des lignes mélodiques de toute beauté faites de micro-cellules qui semblent se  poursuivent entre elles ce qui n’exclut pas, comme dans le magistral New Beginning ou le surprenant Sacred Conversation, le basculement d’un thème à l’autre avant que nos trois loustics ne retombent sur leurs pattes. Au piano, Michel Reis lance les festivités avec fougue et sensibilité, Marc Demuth se ménage des espaces tout en velouté avec sa contrebasse tandis que Paul Wiltgen aux drums varie les tempos sans la moindre emphase, ce qui s’entend encore plus lorsqu’on le voit sur scène comme c’était le cas récemment au Duc des Lombards.

L’écrin rythmique fait le reste, notamment à travers le morceau d’ouverture, Freedom Trail ainsi que sur l’entêtant Dante. Tout en ruissellements acoustiques, voilà un trio qui peut déjà rêver à d’autres rivages, ainsi que l’a montré une récente performance visible sur YouTube dans laquelle, aux côtés de Joshua Redman et de l’orchestre philharmonique du Luxembourg dirigé par Vince Mendoza, les trois musiciens affichaient une allure étonnamment conquérante.

Once in a Blue Moon, Reis/Demuth/Wiltgen (CamJazz)




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