L’Homme qui tua Don Quichotte

Cela ressemblait, pensait-on, à « l’inaccessible étoile »… Terry Gilliam aura pourtant fini par la décrocher en montrant son Don Quichotte à Cannes et dans les salles 30 ans après l’avoir rêvé. Une odyssée riche en tempêtes, du condensé de cataclysmes en tout genre de l’an 2000 (Difficile, à l’époque, de combattre à la fois moulins à vent, torrents de boue et double hernie discale du comédien principal…) jusqu’à l’offensive absurde mené par un producteur mégalomane pour empêcher la sortie du film.

Deux AVC plus tard, l’ancien pilier des Monty Python bronze sur la Croisette, réjouissant tous ceux qui croient encore à la vigueur prométhéenne comme force motrice du 7e art. L’autre bonne nouvelle, c’est que Terry Gilliam n’a rien perdu de son énergie, de sa fantasmagorie visuelle et d’un sens de l’épopée nimbé d’ironie et d’amertume.

Difficile, à vrai dire, de ne pas adhérer à l’idée de départ, à savoir la cure de jouvence d’un réalisateur de pub (Adam Driver) qui revient dans le village où, lorsqu’il avait encore des illusions plein la tête, il avait tourné un film sur Don Quichotte. Sauf qu’entretemps, l’acteur qui jouait le rôle (Jonathan Price) a perdu la raison alors que la comédienne qui campait Dulcinée s’est reconvertie en escort-girl.

S’ensuit une odyssée souvent désopilante dans laquelle le jeune publicitaire blasé endosse le rôle de Sancho Pança et qui emmène le réalisateur de Brazil dans des contrées qui lui sont familières: surréalisme, free-style, mélange de séquences réelles et oniriques avec en point d’orgue une fête médiévale dans un château possédé par un oligarque russe.

On a parfois du mal à suivre. Quelques clins d’œil à l’actualité (sans-papiers, kamikazes djihadistes) jalonnent également le film avec plus ou moins de réussite. L’ultime séquence, surtout, avec vrais géants et moulins à vent, laisse subodorer, par sa simplicité et sa puissance bibliques, ce qui aurait pu être un chef d’œuvre.

L’Homme qui tua Don Quichotte, Terry Gilliam, Cannes 2018, sortie en salles ce samedi.




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