Mektoub my love

Rappelez-vous ce cinéaste de la mer et de l’amertume, de l’écume des corps et de la langueur océane, du sexe latent et des algues toxiques… Si l’univers turbulent et endurant d’Abdellatif Kechiche convoque encore le souvenir de Maurice Pialat, c’est d’abord au Jacques Rozier de Adieu Philippine et Du côté d’Orouët auquel on pense à la vision de Mektoub My Love: canto uno, premier acte à forte teneur balnéaire d’un triptyque plus ou moins autobiographique.

Été 1994. Amin (Shaïn Boumedine), apprenti scénariste installé à Paris, se la coule douce sur les plages de Sète. Il faudra sans doute attendre le 2e volet de Mektoub my love pour lui trouver plus de consistance. Pour l’heure, Amin l’introverti se contente d’observer les filles qui bronzent au soleil. Tout le contraire de son cousin, Tony (Salim Kechiouche), qui collectionne les aventures et s’amuse à imiter Aldo Maccione face à deux miss n’ayant jamais eu vent d’un personnage aussi révolu.

Une fille d’éleveur, Ophélie (Ophélie Bau), dont Amin est le confident secrètement amoureux, complète un dispositif qui rappelle à bien des égards l’autre opus made in Sète du cinéaste franco-tunisien, La Graine et le Mulet, avec une fois de plus ces séquences vertigineuses de tchatche collective dans le restaurant tenu par la famille des deux cousins. Un trait d’union renforcé par l’irruption savoureuse de Hafsia Herzi en jeune tante mutine et émancipée. Une tonalité douce-amère s’insinue, en même temps, au creux de cette sarabande de corps désirants dont la mystique vitaliste s’offre au passage un étrange impromptu animalier au travers d’une longue séquence d’agnelage.

Par sa durée -près de 3 heures- et son refus de la moindre dramaturgie, ce film s’impose, de fait, comme l’œuvre la plus radicale d’Abdellatif Kéchiche. Oubliées, les lourdeurs sociologiques de La Vie d’Adèle. On aurait aimé, néanmoins, des personnages plus denses. Constamment sur le qui-vive, avec cette caméra à l’épaule parfois asphyxiante tant elle ne tolère ni hors-champ, ni décentrage, Mektoub my love se laisse dés lors absorber par son propre mouvement de chair et de lumière.

Mektoub my love: canto uno, Abdellatif Kechiche (Sortie en salles le 21 mars)




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