Hugues Panassié. L’œuvre panassiéenne et sa réception

Parce que les gardiens du temple se renouvellent de génération en génération, parce qu’une musique qui ne se transforme pas est une musique morte et parce qu’ils sont encore trop nombreux à ne pas vouloir comprendre que le jazz, comme l’a écrit Jacques Réda, a toujours voulu être autre chose que lui-même, se pencher à nouveau sur le cas Hugues Panassié n’est jamais inutile.

Procureur en chef d’une orthodoxie critique qui devait le rendre sourd au be-bop, le gourou de Montauban ne saurait cependant inspirer des procès bâclés. C’est le musicien-universitaire Laurent Cugny, auteur d’un passionnant premier volet d’Une histoire du Jazz en France, qui rétablit quelques balances en détricotant notamment la vision d’un jazzfan d’extrême-droite -voire collaborateur- trempant ses outrances dans une bouilloire idéologique suspecte.

On savait déjà, à-ce-propos, que sa passion pour une musique de Noirs ne prédisposait pas vraiment Panassié à devenir le Céline de la note bleue. On apprend ici qu’il écrivait aussi dans des revues de gauche comme si, au-delà d’une culture catholique et conservatrice, le fou d’Armstrong ne plaidait qu’une seule cause, celle du jazz. « Eut-il été communiste et athée, écrit Laurent Cugny, il aurait eu recours à d’autres habillages idéologiques ».

En vérité, c’est plus en impressionniste qu’en idéologue que Hugues Panassié trace son sillon avec, au passage, pas mal d’approximations, surtout quand dans ses premiers écrits il assimile Saint Louis Blues à un Negro Spiritual ! Résultat: Panassié se réajuste, s’auto-flagelle, mais sans jamais remettre en cause son système de pensée alors même que sa fameuse notion de Jazz Hot ne suscite qu’un silence poli outre-Atlantique. Bientôt, il reprochera à certains Noirs de ne pas jouer assez Noir…

Avec une ironie souvent jubilatoire mais non dénuée d’estime envers quelqu’un qui a autant aimé le jazz, Laurent Cugny relie la rigidité d’Hugues Panassié à des éléments qui n’ont, de fait, rien de politique: son éloignement géographique de Paris, sa condition de rentier qui lui donne peu de prise sur le réel, sur le partage… S’ensuit le fameux « schisme » de 1947 entre Panassié et Delaunay,  cette « dérisoire guerre du jazz » si peu à la hauteur des enjeux, d’après l’auteur, même s’il observe qu’elle n’a pas seulement eu lieu en France. 70 ans après le concert révolutionnaire de Dizzy Gillespie à Pleyel, voilà qui donne envie d’en savoir d’avantage…

Hugues Panassié. L’œuvre panassiéenne et sa réception. Laurent Cugny (Éditions Outre mesure). Nous y revenons dans les Lundis du Duc du 26 février (18h, en direct du Duc des Lombards) avec Laurent Panassié, Ludovic Tournès, auteur de New Orleans sur Seine, et François Lacharme, qui préside l’Académie du Jazz.




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