Bella Figura

Un patron et sa maîtresse se prennent le chou sur le parking d’un restaurant de campagne. Il a « fait l’effort », dit-il, de l’emmener dîner à une adresse conseillée par… son épouse ! Elle se rebelle -on la comprend- contre pareil goujat et se marre même franchement quand il lui confie qu’il est au bord du dépôt de bilan: sa miroiterie marchait du tonnerre, il a voulu vendre des vérandas ! Dans l’embrayage du pathétique, Yasmina Reza n’a rien perdu de son art.

Et ça n’est pas fini ! Voilà que le duo à vau-l’eau tourne au quintette désaccordé à la faveur d’une jonction accidentelle avec la meilleure amie de la femme du patron, son tartuffe de conjoint et la belle-mère qui fête son anniversaire. Du parking, on passe au restaurant avec un beau dîner de cons à l’arrivée, sans oublier un détour croquignolesque du côté des toilettes. Difficile d’imaginer comment le très austère Thomas Ostermeier, pour qui cette pièce fut d’abord écrite, a pu accommoder de tels ingrédients.

Sur la scène du Rond-Point, c’est Yasmina Reza elle-même qui dirige l’action, entre vaudeville et drame bourgeois, au risque d’étioler ce que le propos a de plus corrosif, notamment sur le plan sociologique. Emmanuelle Devos livre, en revanche, une chouette incarnation de ce spleen des âmes seules qui se « fanent sur place », comme il est dit à la fin de la pièce. Dans la peau d’une amante désabusée, mordante et follement éprise de sa liberté, elle tourne le dos à ce qui a pu nous agacer, parfois, dans son jeu de comédienne. Il est vrai qu’en jupe courte et talons-aiguille rouges, c’est bien elle, dans ce Bella Figura, qui honore au mieux le titre de la pièce.

Bella Figura, Yasmina Reza, Théâtre du Rond-Point, à Paris, jusqu’au 31 décembre.




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