La Villa

Calanque du crépuscule aux abords de Marseille. De retour après des années d’absence dans un paysage d’hiver déserté par les vacanciers, Angèle (Ariane Ascaride) paraît aussi décontenancée que la Lioubov de La Cerisaie revenant dans sa propriété. Elle a d’autres points communs avec l’héroïne tchékhovienne: le métier d’actrice, le deuil d’un enfant, le désir qu’elle continue d’inspirer par-delà les rides et les larmes…

Sa Cerisaie à lui, donc… Sous les auspices de Tchekhov, Robert Guédiguian filme un monde qui disparaît mais aussi des rasades d’amour et de désamour, de rire et de désenchantement, car aux côtés d’Angèle venue veiller son père paralysé par une attaque, la villa familiale accueille également Joseph (Jean-Pierre Darroussin, poignant d’élégance…), son Parisien de frangin persifleur et désabusé. Armand (Armand Meylan) complète la fratrie. Lui, il n’a jamais quitté la calanque.

Les retrouvailles entre ces trois-là, fidèles parmi les fidèles dans l’univers du réalisateur des Neiges du Kilimandjaro, pourraient suffire à notre bonheur, surtout à la faveur d’un flash-back qui les revisite si jeunes et si insouciants dans une scène de Ki lo sa? (1985) avec en fond sonore I Want You de Bob Dylan. Seulement voilà, la troupe s’est agrandie: Anaïs Demoustier dans le rôle de la petite amie déjà en partance de Joseph, Robinson Stévenin en jeune pêcheur exalté connaissant son Claudel par cœur… Chez Guédiguian, la pause-cigarette est désormais multigénérationnelle.

De quoi rendre son cinéma encore plus vibrant, avec cet art inégalable d’élever la dignité de chacun au rang de chant choral même s’il faut bien séparer anciennes et nouvelles doxas. Les jeunes adultes qui veulent se barrer à Londres, bof… Guédiguian leur préfèrera toujours ceux qui ont le cœur mais aussi la tête à gauche. Ceux là ne détournent pas les yeux et cèdent encore moins à un quelconque apitoiement bourgeois lorsque surgissent trois enfants des bois perdus dans la garrigue, affamés devant un pot de confiture, ne parlant pas un mot de français. Est-ce ainsi que les réfugiés vivent ?

L’approche quasi-cristalline de cette « thématique » des réfugiés résume ce qu’il y a de plus beau dans l’écriture de La Villa:  l’épure chorégraphique des gestes, des regards, des paysages… Des dialogues un peu plus élagués (comme chez Tchekhov…), et on tenait là un chef d’œuvre. En attendant, c’est le film le plus accompli de Robert Guédiguian depuis Le Promeneur du Champ-de-Mars.

La Villa, Robert Guédiguan, sortie en salles ce 29 novembre. Coup de projecteur avec le réalisateur, le même jour, sur TSFJAZZ (13h30)




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