Tous des oiseaux

Le Liban serait-il devenu un « théâtre » d’opérations trop étroit pour le nouveau directeur du Théâtre de la Colline ? Voilà donc Wajdi Mouawad qui s’attèle au conflit israélo-palestinien au travers d’un mélodrame familial plombé d’archétypes, de lourdeurs et de démonstrations. Sœurs, donnée il y a deux ans à Chaillot, n’aura constitué qu’une brève rémission dans un parcours descendant.

La pièce débute à New-York où Eitan, un étudiant juif complètement perché au gré de ses élucubrations scientifiques, parvient à séduire on ne sait trop comment Wahida, une jeune Arabe qui fait une thèse sur Léon l’Africain, ce diplomate-voyageur contraint de se convertir au christianisme. Un Juif avec une Arabe ? « Horreur, malheur! », tempêtent les parents d’Eitan, et notamment son Israélien de père, un ultra-rigide qui devrait se méfier, au passage, des pirouettes généalogiques de l’auteur d’Incendies.

Une grand-mère cash comme il faut captive l’attention, tout comme le personnage de la mère, une Allemande dont la judéité fut brimée par des parents communistes. Le reste va à vau-l’eau, en anglais comme en hébreu (les personnages parlent aussi allemand et arabe…), noyant dans l’outrance la jolie légende de l’oiseau amphibie qui s’aventure au milieu des poissons. Wajdi Mouawad déçoit tout autant sur le plan de la scénographie. Où est l’inventivité dans cette succession de panneaux modulables et de jeux d’ombres mille fois vus et revus ?

Que penser, enfin, d’un propos qui développe l’idée selon laquelle on n’échappe pas à ses racines ? La jeune étudiante arabe virevoltant de séduction dans un New-York cosmopolite serait-elle plus méprisable que celle qui, passant de l’autre côté du « Mur » lors d’un voyage en Israël, se découvre de nouvelles vibrations et affinités avec ses sœurs palestiniennes ? Wajdi Mouawad gagnerait à lire L’Art de perdre, d’Alice Zeniter. Il y ferait enfin la grande rencontre de sa vie avec les méandres de l’âme et de l’identité. Elles sont bien plus mouvantes -et émouvantes- qu’il ne l’imagine.

Tous des oiseaux, Wajdi Mouawad, Théâtre de la Colline (jusqu’au 17 décembre)




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