La Symphonie du hasard, Livre 1

Difficile de ne pas faire le lien entre le bulletin de santé pour le moins alarmant que présente l’Amérique de Donald Trump et le besoin qu’a ressenti Douglas Kennedy de remonter le temps. La Symphonie du Hasard, premier tome d’une trilogie qui nous emmènera jusqu’aux années Reagan, débute dans les années 70. À cette époque, déjà, une contre-révolution à la fois politique et culturelle se proposait d’enterrer les espoirs de changement d’une autre Amérique.

Alice Burns déteste Nixon. À 17 ans et des poussières, cette lycéenne aussi éprise d’indépendance que les héroïnes précédentes de Douglas Kennedy voudrait surtout ressembler à la chanteuse Joni Mitchell, « une hippie intelligente, indépendante, poète et passionnée ». En attendant, et avant de fuir très opportunément sa  bourgade paumée du Connecticut pour rejoindre un campus du Maine, il lui faut subir un climat familial étouffant, et notamment un père plus ou moins réac qui enrage à l’idée que sa fille parte jouer les beatniks ailleurs. Il l’imagine déjà égarée à New-York avec un « jazzman schwarzer » (jazzman noir). Mais Alice n’a pas sa langue dans sa poche: « Tu as son numéro, au jazzman ? »

La suite nous offre Douglas Kennedy au meilleur de sa forme, aussi à l’aise dans la peinture des milieux universitaires (talent qu’il avait déjà exercé dans Quitter le monde…) que dans l’épopée d’une jeunesse radicalisée avec pour point d’orgue le coup d’État de 1973 au Chili qui voit le père de l’héroïne jouer un bien mauvais rôle. « Toutes les familles sont des sociétés secrètes », effectivement…

L’auteur évite en même temps le manichéisme. Car si la fac de Bowdoin où Douglas Kennedy a lui-même étudié est un lieu d’émancipation (on y rencontre même des joueurs de hockey capables de réciter par cœur des passages de L’Être et le Néant…), elle possède elle aussi ses hiérarchies, ses castes et autres « fraternités » propices au sexisme et à l’homophobie. Le profil si rafraîchissant d’Alice Burns transcende les moments dramatiques du récit. L’ambition et le souffle du propos aidant, on attend avec impatience le deuxième volume.

La Symphonie du hasard Livre 1, Douglas Kennedy (Editions Belfond). Douglas Kennedy sera l’invité exceptionnel des Lundis du Duc, ce 13 novembre, entre 18h et 19h, en direct du Duc des Lombards.




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