A Beautiful Day

Un vétéran de guerre et tueur à gages blindé de traumas tente d’arracher une jeune fille à un réseau de prostitution pédophile en plein New-York. La trame rappelle Taxi Driver même si dans son style et sa direction d’acteurs, l’Écossaise Lynne Ramsay s’inscrit ailleurs. Scorsese se déployait d’avantage dans le narratif, De Niro bouillonnait face son miroir… Joachin Phoenix, lui, est débranché d’entrée de jeu. Une épave. Même plus la force de se gargariser d’on ne sait quel You talkin’ to me?

Ceci étant, il parle encore un peu à sa vieille mère dans le taudis qui leur sert de refuge, à tous les deux. Elle regarde Psychose à la télé. Il la vanne en reprenant le célèbre climax musical de Bernard Herrmann. La séquence est à la fois douce et sordide, comme rongée par le sang qui a déjà et qui va continuer à couler. En attendant, le passé revient en flashs: meurtres en plein désert, trafic d’êtres humains… De quoi fracasser un homme. On le voit, à un moment, avaler des petits bonbons multicolores. On dirait des pilules chimiques.

Soutenue par un montage hypnotique et sensoriel, l’odyssée du vengeur urbain ne se mesure pas seulement au nombre de cadavres qu’il laisse derrière lui. La jeune gamine qu’il parvient à sauver et qui l’arrache à ses spectres brouille sa perception. On se demande à un moment qui vraiment protège l’autre. Le film prend alors une tonalité poignante, façon Alice dans les Villes, avec en arrière-plan sonore une B.O de Jonny Greenwood tour à tour ténébreuse et lyrique.

Prix d’interprétation à Cannes (Lynne Ramsay a aussi reçu le prix du Scénario, ex æquo avec Mise à mort du cerf sacré), Joachin Phoenix livre sa barbe broussailleuse, ses biceps et ses stigmates à une caméra qui scrute d’abord l’infinie fatigue d’un corps délabré. Le propos, ultra-concentré, presque clinique à certains moments, fragmente l’écran comme un grand coup de marteau.

A Beautiful Day, Lynne Ramsay, prix du scénario et prix d’interprétation masculine à Cannes (Sortie le 8 novembre). Coup de projecteur, le lendemain, sur TSFJAZZ, avec Philippe Rouyer, critique à Positif.




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