Tiens ferme ta couronne

Finaliste pour le Goncourt. Discrètement. Insidieusement. Avec les coups de fil et les réseaux que l’on imagine du côté de Philippe Sollers, son mentor de toujours. On ne l’avait pas vu venir, Yannick Haenel, avec son profil old school et ses chiffres de vente faiblards. On pensait percevoir ailleurs l’escroquerie de cette rentrée littéraire. Et puis l’opération Piekielny s’est scratchée en plein vol. Exit le jeune premier mélancolique, l’écurie Gallimard place désormais tous ses espoirs sur le pédant austère. Ça tombe bien, les papiers qu’il faut sont au rendez-vous. Le Monde des Livres, l’Obs, Libé, Télérama, Les Inrocks. Pas une fausse note pour Haenel, les jurys ont suivi.

Ce n’est pas la première fois, à vrai dire, que ce romancier qui osa autrefois inventer un Roosevelt baillant à l’évocation de la Shoah (Jan Karski) bénéficie d’appuis surprenants. Surtout au regard d’une œuvre qui, lorsqu’elle ne manipule pas l’Histoire, traficote nos repères contemporains au prisme d’une logorrhée bouffie de bonne conscience et d’un univers cerné par le bobo-politiquement correct.

Les Renards Pâles en avait déjà donné un exemple édifiant avec sa pseudo-poétique de l’insurrection réduite à des fadaises pré-Insoumises. On en retrouve le personnage principal, Jean Deichel, dans Tiens ferme ta couronne. Il est devenu fou, nous dit d’emblée l’auteur, comme pour mieux déminer les télescopages saugrenus et autres déambulations foireuses à venir.

Notre bonhomme vient de pondre un scénario sur l’auteur de Moby Dick, Herman Melville. Il tente de convaincre Michael Cimino d’en faire un film. De la baleine, on passe donc aux daims de Voyage au bout de l’enfer. Un dalmatien nommé Sabbat est aussi de la partie, ainsi qu’un maître d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron. Des bouffées érotico-mystiques devant un retable alsacien complètent ce bestiaire aussi foutraque que peu passionnant. Il manquait les attentats de 2015 ? Rassurez-vous, ils sont bien au rendez-vous…

Et comme le Haenel de l’année est décidément très cinéphile, à Cimino vient s’ajouter Coppola. Sauf que là, on descend de dix étages. Voilà que le personnage principal (et l’auteur aussi, visiblement, vu l’adrénaline narrative qui s’empare du chapitre en question) nous invite à redécouvrir une scène d’Apocalypse Now qui l’a profondément marqué. On s’attend à une séquence méconnue du film… Et c’est Robert Duvall, les hélicoptères, Wagner et « l’odeur du napalm au petit matin » qui ressurgissent pour la énième fois. Dans le registre « tiens ferme ton imposture », Yannick Haenel reste décidément indétrônable.

Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel (Gallimard)




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