Harmony of Difference

Bonheur du easy listening lorsqu’il est reconfiguré par des cadors de la note bleue. Après John Zorn et ses fameux Dreamers, c’est Kamasi Washington qui tente semblable aventure avec Harmony of Difference, un EP dont la « cooltitude » et la modestie de format, surtout au regard du monumental Epic paru en 2015, ne diminue en rien la vivacité et la cohérence musicale du ténor californien.

Five Easy Pieces, donc, au sens surtout pas péjoratif où on l’entend dans le fameux film de Bob Rafelson avec Jack Nicholson pianotant Chopin, Mozart et Bach. Derrière la simplicité apparente des thèmes, fignolés pour l’œuvre multimédia d’un musée new-yorkais où expose sa frangine, Kamasi Washington met en scène des contrepoints dont il a le secret: flottements et félicité dans le lancinant Desire, ballade qui turbule dans Knowledge, frénésie du sax et floraison pianistique de Cameron Graves sur le jouissif Humility

Perspective pousse encore plus cette symbiose « harmony of difference » entre son intro céleste et coltranienne, son groove de playlist en motif central et ses accélérations inattendues dans la suite du morceau. L’embardée brésilienne d’Integrity, enfin, ne déplairait pas au Quincy Jones de Soul Bossa Nova.

La pièce finale, Truth, qui ramasse les cinq précédentes five easy pieces dans un grand mouvement d’un quart d’heure gorgé de cuivres, de chœurs et de violons, remet en avant le syncrétisme dont faisait preuve Kamasi Washington dans The Epic, avec cependant le risque d’en apparaître comme un succédané. Moins ambitieux mais plus gustatifs que cet ultime plat de résistance, les apéritifs qui précèdent ouvrent paradoxalement d’avantage de potentialités.

Kamasi Washington, Harmony and Difference (Young Turks)




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