Lilies

Et revoilà le blues de l’oiseau de nuit. Ses ailes s’étaient déjà posées à Coutances, un soir de mai, lors du festival Jazz sous les Pommiers. Il se faisait tard, minuit et des poussières. L’oiseau avait fait son nid dans une salle de cinéma. Profil de madone, gestuelle magnétique, elle faisait soudain jaillir une flûte traversière d’on ne sait quelle pénombre. Quelques vieux schnocks pour qui le jazz vocal s’est arrêté à Ella Fitzgerald avaient beau ronchonner, on était sous hypnose.

Comme avec ce disque, Lilies. Aussi condensé que No Deal, l’album de 2013 qui avait bruyamment exporté Mélanie De Biasio dans les médias mainstream, ce nouvel opus nous parait en vérité bien plus touchant. Conditions d’enregistrement empruntes d’humilité (un petit home studio, aux antipodes de toute surcharge technologique), souffle d’avantage modulé, variété des registres… La chanteuse et flûtiste belge signe un alliage gagnant sans pour autant perdre cette étrangeté et ce pouvoir d’envoûtement qui sont sa marque de fabrique entre jazz, trip-hop et transe minimaliste.

Entame somptueuse. Il faut entendre comment, dans ce Your freedom is the end of me, la voix de Mélanie De Biasio, soutenue par des petites bulles de piano puis par une batterie sourde, respire et se réverbère dans un climat velouté qui donne le ton de l’album. Golden Junkies, version ramassée d’un long morceau diffusé en mode EP l’an passé, bénéficie d’une rythmique plus appuyée tout en prenant peu à peu des accents gothiques. Retour à un timbre d’avantage étiré et feutré dans le morceau éponyme, presque chuchoté…

Et puis soudain, cette mélopée des champs de coton, Sitting in The Stairwaill, scandée à cappella avec claquements de phalanges pour mieux en faire ressortir la couleur work song. Seulement une simple touche de blues, Mélanie De Biasio ? Sa version d’Afro Blue, assurément, n’a rien de très « coltranien, même si la ligne de basse et les ondées de piano qui l’accompagnent nous ensorcellent pareillement.

Les deux dernières plages montent encore d’un cran en feu intérieur, la nudité des accords générant paradoxalement une intensité maximale tandis que dans All My Heart Goes On, la flûte surfe sur les ténèbres. Toute cette magie noire, hélas, dépasse à peine les 38 minutes… Trop court, Mélanie, trop court ! Même si on n’est pas prêt d’oublier le voyage…

Lilies, Mélanie De Biasio (Pias Records). Journée spéciale, sur TSFJAZZ, ce lundi 9 octobre.




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