Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma

On a peine à y croire, mais Jean-Luc Godard a bel et bien réalisé un téléfilm pour TF1. C’était en 1986, une semaine à peine avant la privatisation de la chaîne et c’est passé en prime time dans le cadre de la collection Série Noire présentée par Victor Lanoux. Autant dire qu’on tient là un document rare, surtout lorsqu’on découvre au générique que cet épisode est dédié à… Jack Lang.

Cela s’appelle Grandeur et décadence d’un petit commerce. Vaguement inspiré d’un roman de James Hadley Chase, on y retrouve Jean-Pierre Léaud dans la peau d’un cinéaste qui prépare un nouveau film et Jean-Pierre Mocky dans celle d’un producteur à l’ancienne miné par des soucis financiers, jusqu’à risquer sa vie lors d’une magouille de trop.

C’est du pur Godard années 80: obscur, foutraque et émaillé de formules magiques, de tremblés de pellicule, de grands souffles de liberté… Léaud recherche des actrices mais aussi des figurants qui récitent de mémoire leur numéro de sécurité sociale, « tous ces obscurs qui travaillent pour les salles obscures », dira JLG a moment de la présentation de Grandeur et décadence... Quant à Mocky, on l’entend évoquer les grands producteurs d’autrefois: Beauregard, Lebovici, Rassam, en ponctuant l’énoncé de leurs noms par « morts au champ d’honneur »

Godard lui-même fait une apparition, siège passager dans une bagnole au côté de Mocky qui pleure sa rage parce que Roman Polanski a tourné une production de 2.5 milliards et demi de dollars. Lorsqu’on se rappelle de quel film il s’agissait, on apprécie d’autant plus la tirade de JLG essayant à la fin de calmer la jalousie de  Mocky: « Allons, on n’est pas des pirates »

On ne saisit pas trop ce que Jean-Luc Godard a voulu tenter dans les petites lucarnes de l’époque, avec évidemment une audience de miséreux à la clé. On sait, en revanche, que le parfum de nostalgie de ce qui vient d’être remastérisé, là, par Capricci Films, est un beau cadeau à notre époque. Surtout au moment où la perspective d’aller voir Le Redoutable de Michel Hazanavicius avec Louis Garrel dans le rôle du réalisateur d’À bout de souffle est toujours au-dessus de nos forces.

Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma, Jean-Luc Godard, 1986, version restaurée (sortie en salles le 4 octobre)




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