Real Magic

Infernale et décapante entrée en la matière au Théâtre de la Bastille avec, pour inaugurer la saison 2017-2018, une performance du collectif britannique Forced Entertainment. Amoureux de Shakespeare, passez votre chemin. Ici, c’est plutôt une Angleterre façon Monty Python qui déjante allègrement.

Noyau dur de la pièce, un jeu télévisé complètement débile: le candidat doit deviner le mot auquel l’assistant de l’émission est en train de penser. Il a trois chances. Le présentateur compte les points et fait monter la tension avec le renfort des inusables rires de sitcom et applaudissements enregistrés.

Au bout de la séquence, les rôles changent. L’actrice qui interprétait l’assistant prend la place du candidat, ce dernier devient l’animateur… Et c’est reparti pour la même séquence, sauf qu’elle est jouée de manière complètement différente, comme un standard de jazz repris en mode free… On comprend dés lors qu’il n’y a pas de noyau dur dans Real Magic. Juste des électrons plus que libres -en folie, même- qui tournent autour.

Comique de l’absurde, trip néo-situationniste… Le spectacle ne déconstruit pas seulement la nauséeuse mélopée de certains jeux télévisés. Il dégurgite la société du spectacle dans ce qu’elle a de plus aliénant, surtout au vu de ses récents prolongements politiques. « C’est une bonne réponse, mais elle est fausse… », finit-on par entendre au moment où le rituel achève de se dérégler. L’émission sans queue ni tête a bel et bien métastasé dans le kafkaïen, ses protagonistes, parfois affublés d’un costume de poussin, ont perdu leur élan initial, les sourires se figent, les gestes se ralentissent…

Il y a bien quelques tentatives d’échapper à la structure que les personnages ont eux-mêmes créée (l’assistant qui tente d’aider le candidat, par exemple…), mais elles tombent à l’eau. Tout le monde, dés lors, finit épuisé, sauf le spectateur qui s’est franchement laissé bluffer par cette réinvention du geste théâtral que subliment trois comédiens géniaux, Claire Marshall, Richard Lowdon et Jerry Killick, sur une mise en scène de Tim Etchells.

Real Magic, par la compagnie Forced Entertainment, Festival d’Automne, Théâtre de la Bastille, à Paris, jusqu’au 24 septembre.




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