Un certain M. Piekielny

Patronyme aguichant, allure gracile, frimousse de jeune premier avec ce soupçon de mélancolie qui vous attire illico les bonnes grâces de France-Inter… François-Henri Désérable coche décidément toutes les cases, avec en bonus un passé de hockeyeur. Que demander de plus pour transformer les lectrices en groupies ?

En cette rentrée littéraire, le voilà qui patine vers son contraire: Romain Gary, sa prestance, ses ténèbres et sa mystique de déjanté. À l’assaut du mythe, le nouveau minet de l’écurie Gallimard tente le pas-de-côté, revenant sur l’enfance juive de son héros en Lituanie et focalisant sur un personnage de La Promesse de l’Aube, « un certain M. Piekielny », voisin solitaire qui finira dans les camps nazis après avoir prié le petit Romain de perpétuer sa mémoire au cas où le gamin connaîtrait le fabuleux destin promis par sa maman.

Ce personnage a-t-il réellement existé ? Son créateur n’était-il pas un affabulateur-né ? Bonnes questions, sauf que l’auteur persiste à poser en enquêteur potache et nonchalant, déroulant le fil Piekielny puis, le trouvant décidément trop mince, la pelote Romain Gary elle-même. Cette bio du pauvre pourrait éventuellement distraire si elle n’intégrait pas certaines séquences édifiantes, comme par exemple cette remise de prix à l’Académie Française où l’on s’aperçoit que la mère de l’auteur est aussi entreprenante que celle de Gary, notamment lorsqu’elle aborde l’un des Immortels, Jean-Christophe Ruffin, qu’on se désole de retrouver dans un épisode aussi creux.

Mais ce n’est pas là le plus pénible. Revenant tant bien que mal à Piekielny, le vieux voisin juif au sort tragique déjà affublé des clichés les plus racoleurs (il est barbier, il joue du violon…), Désérable plante ses banderilles dans le ghetto de Vilnius et la Shoah avec une inconsistance d’écriture qui tutoie le mauvais goût. Évoquant l’une des dernières nuits de Piekielny, une nuit sans étoile, il ose: « c’est en vain qu’il les aurait cherchées dans le ciel: elles étaient à même le sol, cousues sur les vêtements de ses compagnons d’infortune ». Sans commentaire.

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable (Gallimard)




Les commentaires sont fermés.