Une Femme douce / Faute d’amour

On ne sait pas vraiment s’il faut parler d’une femme douce. La campagnarde que l’Ukrainien Sergei Loznitsa suit à la trace jusqu’à la maison d’arrêt où elle tente d’avoir des nouvelles de son mari incarcéré frappe surtout les esprits par son silence buté. Ballotée jusqu’à la ville-prison qui a métastasé autour du lieu où est détenu son compagnon, elle affronte, impassible, des fonctionnaires corrompus, des mafieux arrogants, des femmes abîmées par l’alcool et les rides.

A Cannes, certains ont reproché à Loznitsa de brosser un tableau noir de la Russie, mais on peut aussi déceler dans son regard et dans les archétypes qui se succèdent à l’écran un mélange de lyrisme et de mélancolie, ainsi qu’un attachement à la grande âme slave, certaines qualités de cœur étant restées intactes au-delà du délabrement général. Obstinée et baroque, la mise en scène nous emporte dans un univers où l’extravagance et la délicatesse composent un curieux ménage. On se souvient alors que Une Femme douce, c’est aussi un roman de Dostoïevski.

Russie éternelle, nouvelle Russie… Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev, reparti moins bredouille de Cannes (prix du Jury), ne brille pas non plus par son optimisme. Un couple  de la classe moyenne russe qui se déchire, leur gamin en larmes parce qu’il pense qu’il va finir en pension, sa disparition inexpliquée… Au pays de Poutine, malheureusement, la police n’a pas trop les moyens de s’occuper des fugues ou enlèvements d’enfants, et c’est vers une ONG spécialisée dans ce genre de recherches que vont se tourner des parents affolés dont le réalisateur aura auparavant dépeint avec minutie l’égocentrisme , la mesquinerie et le cynisme, à l’instar d’une société où la médiocrité de l’âme semble être devenue la seule valeur-refuge..

Zviaguinstev pose un regard noir sur ses personnages et il en a parfaitement le droit. On est d’avantage gêné par la lourdeur sociologique dont il fait preuve lorsqu’il tente de cerner, dans la première partie du film, le type de nouvelle vie conjugale à laquelle aspire chacun des deux parents. Quelle puissance, en revanche, côté mise en scène, avec ces panoramiques de neige et de givre où l’espace semble toujours plus dilaté. Décidément, de Faute d’amour à Une Femme douce, cette sélection cannoise issue de l’ex-bloc soviétique en imposait vraiment, malgré un peu de surpoids ici ou là. On ne peut guère en dire autant de la sélection française.

Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev, prix du Jury au festival de Cannes (sortie le 20 septembre). Une Femme douce, Sergei Loznitsa (sortie le 16 août)




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