Antichrist

Avec tous ces cris et ces hurlements à Cannes, on y va forcément à reculons… Pour ne rien arranger, voilà qu’une fois pris le billet pour « Antichrist «  dans un grand multiplex des Champs-Elysées on nous renvoie dans une petite salle de projection annexe, à quelques 50 mètres de l’entrée principale. Là, il faut descendre un escalier… Dans le genre pestiféré, l’ambiance est impeccable… Générique… Le nom de Lars von Trier s’empare de tout l’écran en lettres capitales qui ont un petit air de lettres- sang…

Un peu survendue, quand même, la descente aux enfers… Du moins dans les deux-tiers du film: le couple Willem Dafoe/Charlotte Gainsbourg s’envoie en l’air dans une salle de bains. Au même moment, leur gamin passe par-dessus la fenêtre… Séquence au ralenti,  genre le saut de l’ange… Le film, ensuite s’étire très vite. Deuil, culpabilité… La mère évidemment ne s’en remet pas. Son mari a alors la bonne idée de l’embarquer dans un chalet en pleine forêt tout en l’initiant à ce qui est source de peur en milieu naturel. Tout cela est d’un glauque, d’une traînasserie mystico-pontifiante et d’un vide dont ne surgit malheureusement qu’une tentation d’assoupissement. Le dernier tiers du film, en revanche, bifurque vers quelque chose de très surprenant.

ça commence, là encore, avec une séquence qui frise le ridicule: fouillant dans les fougères, le mari tombe sur une boule de poils qui se transforme soudain en renarde. L’animal ouvre grand la gueule, déchire la poche de placenta de son nouveau-né, et prévient, menaçant, que le chaos règne en ce bas monde !!!! Après ça, le spectateur n’a plus trop le temps de réfléchir… Willem Dafoe découvre que Charlotte Gainsbourg a infligé autrefois d’étranges sévices à son môme… A partir de là, la violence déferle au sein du couple à coup de mutilations et auto-mutilations des parties génitales… Pour plus de détails, voire les comptes rendus cannois…

C’est cette dernière partie du film qui a été la plus contestée. C’est pourtant à cet instant que la folie dépressive du réalisateur et de ses personnages s’imprime dans notre esprit avec une rare puissance… Charlotte Gainsbourg, méconnaissable par rapport à tout ce qu’on avait vu d’elle à l’écran, se hisse au niveau d’une Deneuve dans « Répulsion « ,  de Roman Polanski… La mise en scène déploie alors tous ses sortilèges dans un crescendo de climax exceptionnellement scotchants… C’est surtout cette puissance formelle que l’on retiendra du film. On passera vite en revanche sur la dédicace à Andreï Tarkovski au générique de fin… C’est peut-être ce qui a de plus violent, finalement, cette comparaison entre le maître et le cancre, même si du côté du cancre, il y a quand même des fragments d’excellence cinématographique qui auraient mérité un propos plus dense.




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