Let’s Bash !

Qu’il en fasse des tonnes en promo, c’est une évidence. D’un média à l’autre, Jowee Omicil promène sans complexe une « love attitude » enrobée d’un appel permanent à faire la fête. Ce souffleur et multi-instrumentiste né à Montréal en 1977 de parents haïtiens a trouvé l’expression idoine pour résumer un tel état d’esprit: « Let’s Bash ! », en référence, paraît-il, à des « bash parties » pour le moins débridées censées avoir cours outre-Atlantique et dont l’esprit n’aurait rien de belliqueux, contrairement à ce que laisse entendre l’anglicisme « bashing ».

Amour et fiesta, donc, mais aussi volonté surexposée de dépoussiérer le jazz et de le populariser en le rendant à nouveau dansant, métissé, et surtout éloigné de tout esprit de sérieux : Jowee Omicil ou l’anti-Keith Jarrett ? Ceci étant, notre nouveau « preacher » n’est pas avare, lui non plus, de références (de Wayne Shorter à Ornette Coleman…) jusqu’à avoir une haute idée de sa propre production. Deux inquiétudes, dés lors, traversent insidieusement l’esprit : des chevilles peuvent-elles autant enfler que d’indiscrets biceps étalés sur une pochette de disque ? Un musicien peut-il se laisser envahir par son personnage ?

Interrogations vite balayées, avouons-le, à l’écoute de l’un des albums les plus généreux et les plus cohérents de l’année. Révélation du printemps mais aussi artiste de la rentrée avant un concert très attendu à Jazz à la Villette, Jowee Omicil manie un art de la toupie propice à des songes gorgés de rythmes et de joyeusetés. Une quinzaine de musiciens l’entourent. Libérien, Antillais, Serbe ou Canadien, la toupie roule sous leurs riffs et lignes de basse pour devenir mappemonde.

Le leader lui-même ne tient pas en place. Altiste ou soprano selon l’humeur, clarinettiste quand ça lui chante, il lui arrive de manier la trompette de poche façon Don Cherry ou encore la flûte picolo quand son âme prend des couleurs cap-verdiennes (Morais Spirit). Et jamais la toupie ne vacille…  En mode gyroscope, elle groove soul, jazz et reggae, elle invente une balade autour de la plus simple des comptines (Sur le pont d’Avignon), elle swingue, elle slamme, elle enregistre aussi la généalogie du leader, fils de pasteur bien au fait qu’évangiles, en anglais, ça se dit « gospel ». Sauf qu’avec Jowee et ses roots bigarrées et jubilatoires, la musique n’est jamais un chemin de croix.

Let’s Bash, Jowee Omicil (Jazz Village). En concert le dimanche 3 septembre au festival Jazz à la Villette.




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