120 battements par minute

Le politiquement correct existe, Act Up-Paris a fini par le rencontrer lors de l’accueil cannois réservé au 120 battements par minute de Robin Campillo, ardente épopée d’une association pourtant tout sauf consensuelle. Résultat: un Grand Prix du Jury faisant étrangement écho, voisinage thématique oblige, au ramdam d’il y a quatre ans autour de La Vie d’Adèle.

Mais la fougue « gay friendly » suffit-elle lorsqu’il s’agit de comprendre les ressorts du combat mené durant plus d’une décennie pour arracher les victimes du Sida à l’invisibilité ? À ce titre, c’est d’abord la faiblesse politique du propos qui saute aux yeux. Campillo filme des manifestants scandant « Mitterrand assassin » mais il n’explique guère ce slogan. Lui qui a milité à Act Up, il aurait pu rappeler qu’au-delà d’un lobby pharmaceutique effectivement enclin à tous les méfaits, l’ancien président n’a quasiment jamais prononcé le mot « Sida ».

Ce chaînon manquant fabrique du Act Up en vase clos. Claquements de doigts dans les AG pour marquer son approbation, opérations coup-de-poing réduites à des rituels, débats internes sonnant aussi faux que ces fictions militantes qui prétendent ressusciter l’esprit de Mai 68… Toute aussi problématique, la façon d’assigner à chaque personnage une modalité précise de la lutte ou de la maladie. Adèle Haenel, par exemple, incarne la colère. Elle n’arrête pas de froncer les sourcils tout au long du film.

Quand deux personnages se détachent (Sean, séropositif extraverti et militant de la première heure, Nathan, le petit nouveau qui l’accompagne dans ses derniers instants), d’autres clichés prennent le dessus, à l’image de ces tourbillons stroboscopiques en boîte de nuit. La danse comme antidote à la maladie, quelle trouvaille ! La mise en scène aligne dés lors toute une panoplie de simagrées pesantes, Seine rouge-sang etc… Les amants sont bavards, en plus, de lourdes séquences étant censées exhumer leurs passés respectifs. Les deux comédiens s’en tirent bien, mais on est à mille lieux de l’intensité de jeu de Théo & Hugo dans le même bateau, du tandem Ducastel/Martinaud.

Dernière partie plus contrastée. Morbide à souhait, elle contient néanmoins des séquences gorgées d’intensité à l’instar de cette ultime jouissance que Nathan offre à son amant quand ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même. Il y a aussi ce regard éteint de Sean, sur son lit d’hôpital, alors que la télé diffuse un reportage sur une action d’Act Up. Ceci étant, le réalisateur ne fait là que reprendre une scène du trop méconnu Zero Patience de John Greyson.

Mais c’est surtout le personnage de la mère qui donne au film l’humilité et la pudeur qui lui manquaient dés le départ. Ce « Mince ! » si poignant qu’elle lâche au moment fatidique, la famille réinventée à travers les copains et les copines d’Act Up qui débarquent à la maison, l’ultime coup d’éclat de l’association pour rendre hommage à Sean… Cette fois-ci, l’intime et le collectif s’emboîtent dans une fluidité inédite, et la mise en scène n’est plus contrainte à d’harassants changements de vitesse. Tout cela, malheureusement, vient bien tard.

120 battements par minute, Robin Campillo, Grand Prix du Jury au festival de Cannes (Sortie en salles ce 23 août)




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