O.J.: Made in America

Ainsi donc, parmi les légendes afro-américaines, se sont succédé Charlie ParkerMartin Luther King, Malcolm X, James Baldwin… et O.J. Simpson !  On aimerait hurler « cherchez l’erreur », on ne voudrait garder que les figures glorieuses et squeezer l’intrus pathétique. Il faut bien admettre, hélas, qu’au mitan des années 90, « The Juice », comme on avait coutume de le surnommer, devint l’idole de sa communauté.

Une saga en cinq épisodes oscarisée à bon escient remet justement en perspective les différents masques de l’ancienne star de football américain. S’appuyant sur des archives étonnantes, quasiment en temps réel au regard des climax d’un tel parcours, Ezra Edelman évoque d’abord O.J. le renégat, running back accompli de la côte Ouest mais si peu concerné par le poing levé de Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico en 1968. «Je ne suis pas noir, je suis O.J.», lâche-t-il alors devant les caméras.

Il est surtout transparent, notamment quand sonne l’heure de la retraite sportive. Les ghettos ont beau s’être embrasés, O.J. Simpson préfère jouer au golf dans sa banlieue huppée. Il se fait un fric fou en devenant la mascotte publicitaire d’un célèbre loueur de voitures. Les Blancs l’adorent, les journalistes blancs encore plus. Même plus besoin d’Oncle Tom. O.J., c’est l’Oncle Sam au carré.

Et puis ça se corse. Il bat sa femme, cela fait mauvais genre. Lorsqu’on retrouve son cadavre limite décapité et celui d’un ami dans une mare de sang, en juin 1994, c’est encore plus embêtant. O.J. a-t-il pété les plombs ? Tout l’accable en tout cas, à commencer par cette course-poursuite avec la police suivie en direct par des millions de téléspectateurs. A ce moment-là, O.J. Simpson va soudainement se rappeler qu’il est Noir.

Noir et riche à la fois. Encore une fois, il sort le gros chèque pour s’entourer d’une armada d’avocats dont l’un d’eux, plus tard, défendra DSK. Ces cadors du barreau ne font pas de quartiers, ils exploitent savamment les multiples bourdes de l’accusation, déterrent le passé raciste d’un témoin-clé et n’hésitent pas, surtout, à exhumer une décennie de tensions raciales, de bavures et d’impunité policière à Los  Angeles… La relaxe de ceux qui ont tabassé Rodney King est encore dans tous les esprits.

Le procès aurait du avoir lieu à Santa Monica, où la population est principalement blanche. L’accusation l’a laissé se dérouler à Los Angeles où les jurés noirs s’en fichent, au fond d’eux-mêmes, qu’ O.J. Simpson soit un minable. Sont ils d’ailleurs vraiment persuadés de son innocence ? Lorsque l’acquittement est prononcé, explosion de joie chez tous les blacks US. Les Blancs, eux, pleurent et enragent. Qu’il est fort, ce renversement des rôles… Qu’elle est laide, la posture de celui qui en a profité…

Post-scriptum. Ce soir, O.J. Simpson a appris qu’il allait bénéficier d’une libération conditionnelle après neuf ans passés derrière les barreaux suite à un obscur braquage à Las Vegas. Après son acquittement, de toute façon, il était reparti très vite sur la mauvaise pente, condamné au civil, signant un livre au titre tristement évocateur, If I Did It, ou alors faisant assaut de vulgarité, d’arrogance et de compromissions interlopes lors d’un séjour en Floride. Every Nigger is a Star, vraiment ?

O.J.: Made in America, Oscar du meilleur documentaire,  Ezra Edelman, en Replay sur Arte jusqu’au 6 août




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