Le Privé

On ne reconnait plus Philip Marlowe ! Mythifié en « dur à cuir » pré-Rat Pack par un certain Humphrey Bogart, le détective-culte de Raymond Chandler descend méchamment de son piédestal en l’an 73 sous les impulsions dynamiteuses de Robert Altman.

Marlowe en looser seventies, donc… Le voilà transformé en « aquoiboniste » dépenaillé, fripé dans son costume, magnifique de « cooltitude » (comme l’a toujours été son interprète, Elliott Gould…) et en même temps dépouillé de toute aura. A vrai dire, c’est surtout le décalage du personnage avec une époque elle-même très remuée qui frappe les esprits.

Dans une Californie post-guerre du Vietnam où pullulent des gangsters tarés, des voisines en pleine défonce hippie ou encore des écrivains sur le déclin façon Hemingway, l’anti-héros chandlérien cherche son chat. Il en fait même un motif existentiel lors d’une tirade-culte: (-«  C’est tout toi, ça. Tu n’apprendras jamais, t’es un perdant ! » – « Ouais… J’ai même perdu mon chat »…)

A part ça, il y a bien une enquête mais comme souvent chez Chandler, elle brave toute rationalité. Confronté au soi-disant suicide de son ami et à l’assassinat de sa femme, Marlowe s’embourbe. Le spectateur aussi, d’une certaine manière, mais cela n’est pas l’essentiel tant on est happé par la mélancolie du film, sa violence soudaine et son ironie  mordante. La BO de John Williams (dont on oublie trop souvent qu’il fut jazzman avant Star Wars) emprunte d’ailleurs ces différentes tonalités, comme un standard qui se déclinerait dans des répertoires distincts.

Autre séquence-culte, l’une des premières apparitions d’Arnold Schwarzenegger… en slip jaune ! Celui qui se faisait encore appeler Arnold Strong à l’époque campe l’homme de main d’un gangster psychopathe qui embarque ses acolytes dans une séquence strip-tease. C’était vraiment tout Altman, cette façon de ridiculiser par anticipation une icône eighties tout en éparpillant façon puzzle le film noir à l’ancienne…

Le Privé, Robert Altman (Reprise en salle depuis le 28 juin)




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