La bataille du Bicentenaire

Un Jacobin au confessionnal! Il faut s’appeler Michel Vovelle pour tenter ainsi l’oxymore. Quitte à ironiser sur « l’essai d’ego-histoire » auquel il paraît se livrer, l’ancien coordinateur scientifique du Bicentenaire de la Révolution Française nous offre surtout un récit touchant, révélateur et très personnel sur les aléas et les polémiques ayant ponctué sa mission.

Définition des programmes, voyages tout azimut, cumul des fonctions dans la galaxie historiographique de l’époque… L’auteur ne s’est pas contenté de flirter avec le surmenage. Surtout lorsqu’il a fallu gérer un contexte politique aussi remuant que la première cohabitation version Chirac, sans parler de ce collapse inattendu entre 1789 et, deux siècles plus tard très exactement, l’explosion d’un autre ancien monde, de Tiananmen à la chute du Mur de Berlin.

Michel Vovelle n’en demandait pas tant, surtout avec son statut toujours assumé de drôle de coco, « adhérent fantôme mais non repenti » du PCF. Il s’est ainsi démultiplié sur plusieurs fronts: affranchissement au forceps d’une certaine liturgie marxiste (incarnée notamment par Albert Soboul), riposte aux nouveaux Chouans dégainant depuis le Figaro Magazine, duel au sommet, enfin, avec le médiatique François Furet dont les analyses empressées sur « l’achèvement » de la Révolution visaient surtout à la plonger dans les eaux glacées d’un social-libéralisme aujourd’hui dominant.

30 ans après, ce bicentenaire agité prend des airs d’archéologie du savoir, comme disait Michel Foucault. Qu’est-il resté finalement de Furet, proclamé à l’époque vainqueur par KO mais tombé depuis dans l’oubli alors que sa pensée mériterait un réexamen plus serein ? Que reste-t-il surtout de 1789 hormis tout ce qui défigure et dévitalise cette période, ou à défaut l’anecdotise, à l’instar des saillies de Mélenchon, ce Pierre Dac de la Constituante?

Dans un tel contexte, la rectitude de Michel Vovelle relève à la fois de la nostalgie et de l’antidote. Elle peut aussi nous surprendre, notamment lorsqu’il réhabilite François Mitterrand. « Sans vous, on aurait eu tous ces Furet », lui avait confié à la dérobée l’ancien président. Machiavélisme confirmé au regard d’un sinistre 2ème septennat ou sensibilité jauressienne jamais démentie ?

L’auteur parait tout aussi bienveillant sur ce fameux défilé pré-bling bling de Jean-Paul Goude du 14 juillet 1989 auquel Marc-Edouard Nabe, lorsqu’il était encore lisible, avait consacré un brillant pamphlet. Michel Vovelle, quant à lui, préfère questionner le succès populaire de cet événement. Il cite également le regretté Ernest Labrousse dont l’ultime message fut: « Et n’oubliez pas notre grande révolution d’Octobre »… Comme quoi une archéologie du savoir n’est pas toujours inutile.

La Bataille du Bicentenaire de la Révolution française, Michel Vovelle, éditions La Découverte.




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