L’univers de John Coltrane

Dans le septième opus dédié à sa passion pour un certain jazz, corollaire générationnel d’un éveil au tiers-mondisme et aux sciences sociales, Roland Guillon développe sa connivence avec John Coltrane, 50 ans après la disparition d’un musicien dont l’imaginaire vibre avec toujours autant d’intensité.

Un Coltrane à la première personne du singulier, donc, avec comme écho de jeunesse l’album Traneing-in, en 1957. « Je suivais étroitement la sinuosité de son phrasé, sous le charme des spirales sonores ascendantes qu’il me semblait dessiner », se souvient l’auteur au sujet de cette session du label Prestige au côté du trio de Red Garland. L’Olympia en 1962, Pleyel trois ans plus tard… Difficile, dés lors, de se défaire du virus « coltranien ».

Autant que sa spiritualité, c’est la « conviction instrumentale » de Coltrane, rodée auprès de Thelonious Monk et Miles Davis, qui définit son univers. Les liens fusionnels avec McCoy Tyner et Elvin Jones dans un premier temps, Pharoah Sanders à partir de 1965, nourrissent par ailleurs une dialectique de haute volée entre le « je » et le « nous ». Au ténor comme au soprano, l’interprète de Naïma ressource inlassablement son art dans la solitude d’une chambre d’hôtel ou ailleurs, mais il sait aussi transmettre à ses partenaires une énergie dans la mesure où il en énonce les motivations: foi religieuse, soif de culture et engagement social au sens noble du terme.

Les trois chapitres « Coltrane le croyant », « L’africanisme coltranien » et « Le citoyen » constituent à cet égard le point d’orgue de cet ouvrage concis qui donne envie d’écouter un Coltrane que l’on connait moins. Ce Song of praise de l’an 65, par exemple, dont le tempo rubato contraste avec des harmoniques souvent plus exacerbés, ou encore le Tunji de 1962, cet hommage à un grand percussionniste nigérian habité par les phrasés-sortilèges d’Elvin Jones. Dans un autre registre, on est scotché par les orages de Reverend King où, deux ans avant Memphis, la paire Coltrane-Sanders anticipe déjà le destin tragique du pasteur assassiné.

D’autres apartés « coltraniens » auraient pu être creusés. Ce superbe disque, entre autres, avec le chanteur Johnny Hartman. La lignée des disciples, quant à elle, est abordée avec sagacité. Jusqu’à mentionner la dernière secousse sismique qu’a connu le jazz contemporain avec, en 2015, The Epic, la suite torrentielle de Kamasi Washington. D’une génération à l’autre, la boucle est bouclée.

L’Univers de John Coltrane, Roland Guillon (L’Harmattan)




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